Liste de ses livres
Cette histoire m'a été inspirée par de longues nuits passées au Minitel.
Lequel m'a immunisé contre les rencontres virtuelles.
Surtout lorsque m'est parvenue la facture Telecom...
P
ar les glaces baissées de la Range-Rover, Patrick BRUEL expliquait à la campagne
environnante qu’il s’était „cassé la voix“. Rouler à grande vitesse, toutes vitres ouvertes,
le volume de l’auto-radio poussé presqu’à son maximum, était l’un des petits plaisirs de
Christophe COLLINET. Il en profitait toujours lorsqu’il était seul dans sa voiture et que
son épouse Coralie n’était pas là pour lui faire d’incessantes remontrances sur le fait de
s’exposer ainsi aux courants d’air, aux risques de refroidissement et de torticolis.
Aujourd’hui, bien que l’on fût déjà en octobre, le fond de l’air était doux, comme si
l’été torride qui avait écrasé la région d’une chape de plomb, refusait de céder sa place à
l’automne. Tout en négociant adroitement les virages serrés qui le conduisaient vers la
commune de Kembs où il demeurait, Christophe COLLINET reprenait les paroles de
Bruel . Il conduisait vite, certes, mais toujours prudemment, sans prise de risque exagérée,
offrant son visage
E
n sortant de sa voiture, Patrick VARNIER reçut en plein visage la bise de ce mois de
janvier qui lui adressa une giclée de neige glacée. Alors qu’un flocon s’écrasait en plein
dans son oeil droit, il jura entre ses dents „m....“. Noël était déjà à quelques encablures, et
alors que l’hiver avait été relativement doux jusqu’ici, il semblait bien que Saint-Pierre
eût attendu la nouvelle année pour se rappeler au bon souvenir des terriens. Il neigeait
sans discontinuer depuis trois jours et la couche blanche recouvrant le sol commençait à
prendre des proportions inquiétantes. Grâce aux efforts de l’Equipement, les axes princi-
paux étaient dégagés, n’empêche qu’il s’agissait d’être attentif au volant, quelque insidieu-
se plaque de neige verglacée pouvant vous envoyer dans le bas-côté en deux temps, trois
mouvements. Pas marrant, quand on exerçait la profession de Patrick et qu’on était censé
se déplacer souvent.
Patrick VARNIER était journaliste de son état. Oh, un petit jou
Durant près de deux heures, Patrick répondit inlassablement aux mêmes messages
complètement idiots envoyés par autant de femmes et de filles totalement ravagées.
Un nombre incalculable de fois, il dut décevoir sa correspondante, lui expliquer que sa mus-
culature n’avait rien de comparable à celle de Sylvester Stallone. Evidemment, entre „Rambo“
et „Rambeau“, ces assoiffées du clavier ne faisaient aucune différence. Les messages afflu-
aient à un tel rythme que Patrick n’avait guère le temps de prendre contact avec toutes ses correspondantes.
Il avait fort à faire avec l’identité de ses multiples interlocutrices, s’emmêlant allègrement les
pédales au bout de chaque série de messages. Tout au plus se rappelait-il, au bout d’une
heure de ce marathon télématique, que derrière „Petite Fleur“ se cachait une certaine Viviane,
que „Belle Ritale“ se prénommait en fait Sophia, que „Jolie Rousse“ était le pseudo d’une
dénommée Corinne. Celle-là semblait être une belle nymphomane qui