| Bonjour, je suis nouvelle ici et j'ai écrit le premier chapitre d'un livre de mon invention. Je ne sais pas s'il est bon mais pouvez-vous critiquer, s'il vous plaît? Si vous trouvez ça nul, dites-le-moi honnêtement.
-Va moins vite, Gladys, je t’en prie !
Elles étaient en pleine forêt, et elles marchaient d’un bon pas (elle surtout) en direction de la réserve. Son rythme était légèrement plus élevé que celui de sa sœur Flora. Du coup, celle-ci avait du mal à suivre.
- Si tu avais pris Drave, cela aurait peut-être mis moins de temps.
Drave était le dragon de Flora, un dragon de la terre.
-Mais il faut qu’il se repose. Je ne peux quand même pas l’emmener partout où je vais !
Elle soupira et consentit enfin à ralentir l’allure.
-Tu sais, remarqua Flora en jouant avec une mèche de ses cheveux bruns, je me demande parfois comment ça se fait que tu ne sois pas l’aînée. Non que je regrette de l’être, mais tu es plus faite pour dominer. A chaque fois que je te fais une remarque, tu argumentes. Cela m’ennuye.
-Je suis peut-être née pour t’ennuyer, répondit-elle en se retenant de toutes ses forces de ne pas forcer l’allure.
-Ha ha, très drôle. Je suis sérieuse, tu sais. Je dirais plutôt que tu es née pour diriger.
Gladys haussa les épaules.
-Qu’est-ce que tu en sais ? Après tout, tu ne me fais de remarques comme ça uniquement quand je marche, non ? Mon entêtement à argumenter pour marcher à mon rythme tient peut-être de mon impatience.
-Possible. Je me demande ce que Luc en dirait.
-Ça m’étonnerait que tu aies beaucoup de possibilités pour lui parler, dit-elle en ricanant. Il est toujours fourré avec Mar et Chermat.
Luc était un garçon très intuitif. Il voulait faire partie de l’armée, et il travaillait très dur pour ça. Chermat était son dragon, un dragon d’air, et Mar l’entraîneur de vol.
-Tu as raison, admit Flora en grimaçant.
Elles continuèrent à marcher dans la forêt pendant une dizaine de minutes, quand soudain elles entendirent un long rugissement menaçant. Le cri dura plusieurs secondes avant de se perdre au loin.
-Qu’est-ce que c’était ? demanda Gladys, paniquée.
-Un dragon, répondit Flora. A en juger par le bruit, je dirai que c’est un dragon de glace.
Gladys tendit l’oreille, espérant réentendre le cri.
-Tu sais ce que ça signifie ? poursuivit sa sœur en l’entraînant rapidement par le bras.
-Non. Quoi ?
-Nous sommes presque arrivées ! Encore quelques minutes et on y est.
Gladys mit quelques secondes à comprendre le sens de ces paroles. Puis un large sourire fendit ses lèvres, et elle accéléra le pas.
-Oh, du calme ! protesta Flora en essayant de la retenir.
Elle l’ignora et courut dans la direction que Flora indiquait. Enfin, elle ne l’indiquait pas vraiment, mais elle marchait par là.
Elle continua à courir et ne stoppa que lorsqu’elle arriva devant une énorme maison de pierre grise. Elle comportait plusieurs étages et était très longue. Il y avait deux fenêtres, chacune placée à gauche ou à droite de la maison. Au milieu, il y avait une double porte en bois clair.
A sa gauche, un puissant râle lui fit tourner la tête. Une silhouette énorme lui faisait face à dix mètres de là, la dominant de toute sa taille. Son ventre était blanc cassé, mais le reste de son corps était d’un jaune électrique éclatant. Il devait faire dans les cinq mètres de haut et dix de long. Ses puissantes pattes étaient ornées de griffes d’une quinzaine de centimètres de long. Sa grosse mais gracieuse tête jaune se divisait en trois parties formant des cornes vers le haut, une à gauche, une à droite et une au milieu. Ses yeux noirs comme la nuit la fixaient, ses narines étaient dilatées au bout de son museau de presque un mètre. Ses crocs blancs et luisants étaient à demi-découverts, longs comme des couteaux. La fin de sa queue de trois mètres se divisait en trois parties, comme sa tête. Son cou devait faire dans les cinq mètres. Ses ailes au dos jaune mais au « ventre » blanc cassé étaient repliées sur ses flancs, prêtes à s’étendre pour s’envoler ou se défendre au premier signe d’agressivité de leur part. Contrairement à ce que son apparence laissait comprendre, il n’était pas hostile. Enfin, pas vraiment. Il ne le deviendrait que si elle menaçait de l’attaquer. A côté de lui, un petit de trois mètres de haut et cinq de long, qui devait être son enfant (ce qui laissait supposer que le gros était une femelle) tendit le cou, curieux. Il esquissa un pas en avant, mais sa mère grogna en le regardant du coin de l’œil. Il n’était pas aussi flamboyant que sa mère, le jaune de son corps n’était pas aussi voyant, le blanc cassé de son ventre plus terne.
-Ils sont magnifiques, n’est-ce pas ? murmura Flora pour ne pas effrayer les dragons.
Gladys acquiesça, obnubilée par les deux bêtes.
-Le grand dragon est une femelle, continua-t-elle, toujours aussi doucement. Le petit à côté est son bébé. C’est un mâle. A en juger par ses couleurs, je dirais qu’il a à peine une semaine.
Soudain, la femelle tourna la tête vers la maison et gronda derechef. Elle fit volte-face à une vitesse déroutante pour sa masse et tourna les talons. Le petit, en revanche, resta planté là à nous regarder avec curiosité, jusqu’à ce qu’un grognement de bête fauve, plus effrayant que celui des fauves eux-mêmes cependant, le contraigne de suivre sa mère. Ils disparurent entre les arbres.
Gladys tourna la tête vers la maison, comme la dragonne venait de le faire, et vit que la porte était ouverte. Juste devant, un grand homme aux courts cheveux blancs les regardait en souriant. Il était vêtu d’un pantalon en polyester beige, d’une chemise bleu clair et de chaussures noires. Il vint à leur rencontre sans que son sourire ne disparaisse.
-Bonjour Mr Dagg ! lança Flora en souriant à son tour.
-Bonjour Flora ! répondit l’autre en serrant la main de sa sœur.
-Je vous présente ma petite sœur, Gladys, continua Flora en mettant sa main sur l’épaule de Gladys. Gladys, voici Mr Dagg, le responsable de la réserve de dragons de la région.
-Ravi de vous connaître, Gladys, dit le nommé Mr Dagg en lui serrant la main.
Gladys retrouva soudain son entrain. Remise du choc d’avoir vu un dragon sauvage, elle serra joyeusement la main du monsieur, qui parut ravi de cette vivacité.
-Gladys vient pour être initiée, précisa Flora en souriant.
-Je m’en doutais, répondit le directeur en se grattant la mèche de cheveux blancs qui lui tombait sur la partie droite du visage.
Il paraissait honnête pour la jeune fille.
-Je vois que vous avez vu Eolère et le jeune Frugre, poursuivit-il en observant l’endroit où s’étaient tenus les deux dragons quelques secondes plus tôt. Frugre n’est pas son seul dragonnet, précisa-t-il en croisant le regard surpris de Gladys. Ses œufs ont éclot il y a environ une semaine. Les autres étaient sûrement derrière elle, mais ils ont peur des humains. Seul Frugre a été assez courageux pour vous approcher.
-Peur ? répéta Gladys, abasourdie.
-Ce ne sont que des nouveau-nés, tu sais. Ils ne prennent pas encore la mesure de leur force, ni de leur poids ou leur taille. Evidemment, dans deux semaines, voire même une, cette situation va changer. Cette période est très compliquée, tant pour les dragonnes que pour nous. Les petits vont partout, ils ne connaissent pas leur force. Je n’aimerais pas être une dragonne.
-Et les pères ? demanda Gladys, qui ne connaissait pas grand-chose des dragons.
Ce fut Flora qui répondit.
-Les dragons mâles n’éduquent pas leurs petits. Ils fécondent juste les femelles, puis ils s’en vont de leur côté. Les dragonnes élèvent toutes seules leurs petits. Cela dure depuis toujours.
Il fallut quelques secondes à Gladys pour diriger cette nouvelle information. Mr Dagg se frotta les mains.
-Entrez, entrez, dit-il en se dirigeant vers la maison en pierre grise. Nous allons procéder à l’initiation.
Elles le suivirent.
-En quoi consiste l’initiation ? chuchota Gladys à Flora, une fois suffisamment éloignées de Mr Dagg.
-Tu verras, répondit celle-ci avec un grand sourire. Je suis sûre que tu vas adorer.
Gladys fronça les sourcils et ouvrit la bouche, s’apprêtant à protester, quand Flora mit un doigt sur sa bouche en regardant le directeur du coin de l’œil.
Gladys comprit et n’insista pas.
Elles franchirent la double porte de bois clair et se retrouvèrent dans une pièce rectangle, proche du carré, à partir de laquelle commençaient plusieurs couloirs. Les murs étaient en pierre grise, le sol en dalles de pierre gris foncé. A leur gauche, un bureau était soudé au mur, mis à part une petite ouverture par laquelle passait la réceptionniste. A droite, une porte donnait accès au bureau du directeur, Mr Dagg. Ce fut là que celui-ci nous mena. C’était une pièce ronde et lumineuse, en dépit de la froideur inquiétante des murs. Un bureau en bois foncé se tenait en face d’eux. Deux chaises en bois tout aussi sombre était installées devant le bureau, tandis qu’une autre, derrière laquelle était placée une grande fenêtre rectangle, se tenait derrière. Mr Dagg s’installa sur cette chaise et les invita à faire de même. Il saisit un stylo et une feuille, mis des lunettes ovales et retira le bouchon du stylo.
-Je vais te poser quelques questions, annonça-t-il en la regardant par-dessus ses fines lunettes.
-D’accord.
Il se racla la gorge et lu la feuille.
-Quel est ton nom ?
-Gladys Nordac.
-Quel est ton âge ?
-Douze ans.
-Quand es-tu née ?
-Le trente juillet mille neuf cent nonante-sept.
-Quel est ton animal préféré ?
-J’en ai plusieurs. Le chat, le chien, le cheval, le loup, le raton-laveur.
Il les inscrivit tous sur sa feuille, imperturbable.
-Aimes-tu une plante en particulier ?
Cette question la désarçonna. En quoi était-ce si important ?
-Pas vraiment, répondit-elle en haussant les épaules.
-Bien. J’ai terminé.
Il retira ses lunettes et posa son stylo. Il se leva.
-Suivez-moi, nous intima-t-il en ouvrant la porte après avoir traversé la pièce.
Elles se levèrent à leur tour et suivirent le directeur dehors. Celui-ci se dirigeait vers l’endroit ou les deux dragons s’étaient tenus encore quelques minutes auparavant. Elle regarda Flora, inquiète. Celle-ci lui lança un sourire rassurant.
Ils continuèrent à déambuler dans la forêt. Gladys découvrait la forêt sous un tout autre visage, maintenant. Les plantes étaient d’un vert éclatant, et il l’était encore plus au soleil. Les arbres étaient hauts, les branches, pas coupées au niveau du bas, mais naturellement basses.
Au bout d’une demi-heure de marche et de quelques égratignures, ils perçurent un changement. Les branches étaient cassées, et elles pendaient aux arbres. Certaines gisaient au sol. Les buissons étaient calcinés, et il y avait des traces de lutte, tant sur le sol que sur les arbres abîmés. Ce spectacle effraya Gladys, qui sentit son pouls s’accélérer.
-Ne t’inquiète pas, lui murmura doucement Flora.
Un rugissement retentit soudain, et tous trois s’arrêtèrent net. Mr Dagg écarta les bras, comme pour les protéger, elle et sa sœur, ou les empêcher d’avancer.
Une gigantesque silhouette surgit soudain en rugissant. Le dragon qui se tenait devant eux était grand, plus petit cependant que la femelle qu’ils avaient vue il y avait quarante minutes de là, dans les quatre mètres de haut, et d’un rouge flamboyant, si foncé cependant qu’on aurait cru qu’il était brun. Hum, finalement, il n’était pas rouge, mais bordeaux. Il était uniquement bordeaux, contrairement à Eolère, la dragonne jaune, qui avait le ventre blanc cassé. Ses pattes étaient ornées de griffes aussi grandes que des couteaux, comme Eolère. Son museau avait l’air de faire dans les soixante-septante centimètres de longueur. Une corne aiguisée en couronnait le bout, prête à attaquer le moindre ennemi (ou la moindre proie) qui s’offrait à lui. Le bout de ses lèvres rouges était un tantinet pointu, lui aussi. Sa queue couverte d’écailles devait faire dans les deux mètres quatre-vingt. Sur le dos du dragon, les écailles semblaient s’être détachées, jusqu’à ce que Gladys constate qu’elles pouvaient se décoller légèrement. Ce qu’elles firent en frissonnant. Ses ailes étaient à demi collées sur ses flancs. De petites cornes en ornaient le périmètre. Il s’arrêta devant les trois compagnons, les bras du directeur toujours écartés devant Flora et Gladys. Il les observa en soufflant, puis il poussa un cri qui évoquait un prédateur en chasse et déguerpit vers leur droite.
Le directeur essuya la sueur qui coulait sur son front.
-On a eu chaud, dit-il en les regardant. Celui-là est en chasse. S’il n’avait pas pris le temps de renifler plus attentivement ou de nous regarder, nous étions cuits.
-C’est souvent comme ça ? haleta Gladys, incapable de contrôler la peur qu’elle venait d’avoir.
-Quelques fois, répondit Mr Dagg et leur faisant signe de le suivre, tout en regardant prudemment de chaque côté. Mais il n’y a jamais eu d’accidents graves.
-Mais il y en a eu quand même, n’est-ce pas ? devina la jeune fille.
-Des petites brûlures, mais jamais d’os cassés, ou de bleus. Suivez-moi, et surtout, faites le moindre bruit possible. Si ce dragon était en chasse, alors il devrait y en avoir d’autres.
Ils marchèrent silencieusement pendant quelques minutes, puis ils débouchèrent dans une minuscule clairière ronde, qui ne devait pas faire plus de dix mètres carrés. Au milieu, quelque chose avait creusé une sorte de nid, dans lequel se trouvaient de grandes coquilles vides et ovales de trente centimètres de haut. Le directeur souffla, agacé.
-Tu tombes dans une bien mauvaise période pour être initiée, très chère Gladys, dit-il à l’adresse de la jeune fille. Peut-être devrais-tu revenir dans une ou deux semaines. Ce serait plus facile.
-Non, je veux le faire maintenant, déclara Gladys d’un ton ferme, malgré les trémolos de sa voix.
-Très bien. C’est toi qui vois.
Il se dirigea vers la gauche, la direction que prenaient des traces de pattes griffues. Gladys frémit.
Au bout de quelques minutes de marche, ils trouvèrent un dragon. Il était bleu marine, plus grand que le bordeaux qu’ils avaient croisé quelques minutes avant. Il dormait profondément, paupières fermées, celles-ci plus claires que le reste de son corps. Ils le contournèrent prudemment avant de continuer à marcher. Ils débouchèrent soudain dans une grande plaine. Elle était protégée par une montagne au nord, et le sud, l’est et l’ouest étaient protégés par la forêt. Un grand chalet en bois en occupait le centre. Lorsqu’ils quittèrent la forêt, le directeur et Flora se détendirent immédiatement.
-C’est la première plaine, expliqua cette dernière en lui souriant. La plaine de l’Initiation. Là où tout commence.
-Parce qu’il y en a d’autres ? s’exclama Gladys dont la voix monta dans les aigus.
-Oui, mais tu iras là-bas après.
-Explique-moi un peu, Flora, demanda Gladys. Pourquoi le petit dragon rouge de tout à l’heure était agressif et pas la dragonne jaune ?
-Parce qu’il est encore jeune. Et, qui plus est, il était en chasse. Eolère était adulte, maman et elle a confiance en nous, car elle est née ici et elle connaît le directeur depuis la naissance de celui-ci.
-Dans ce cas, pourquoi ne voulait-elle pas nous approcher ?
-Parce qu’elle a des enfants. Et aussi parce qu’elle ne te connaît pas. La saison des amours est synonyme de méfiance pour les femelles. Une fois fécondées, elles cherchent un coin isolé pour pondre leurs œufs. Une fois éclos, ceux-ci sont des dragonnets. Ils sont insouciants et très crédules. Les mamans ne veulent pas que leurs petits accordent trop rapidement leur confiance à quelqu’un, car les braconniers peuvent toujours se déguiser. C’est pourquoi elles s’efforcent de les tenir à l’écart, dans leur propre intérêt. Mais elle ne nourrissait aucun mépris pour toi, juste une méfiance due à la nouveauté et à la méconnaissance.
-Il y en a beaucoup, des espèces de dragons ?
-Oh oui, beaucoup plus que tu ne peux l’imaginer ! Cette réserve-ci ne possède pas un quart des différentes espèces qu’il y a dans le monde, mais elle contient quand même les plus menacées. Tu peux deviner pourquoi on a casé le petit dragon rouge ici.
-Parce qu’il était trop effrayant ?
-Exactement. Les gens ont peur de cette espèce-là à cause de son apparence. Ils en ont tellement peur d’ailleurs, que certaines familles ont interdit à leurs enfants de jouer dehors, ont installé des barrières inutilement hautes et solides. Comme tu l’as constaté, ce n’est pas du bois qui arrêterait un dragon, aussi petit fût-il. De plus en plus de personnes payent les braconniers pour, je cite, « libérer la nature de cette abominable créature tout droit venue des Enfers ». Pff, n’importe quoi. Le grand-père du directeur a réussi à faire voter une loi disant que la chasse aux dragons n’était plus autorisée dans cette partie du pays, mais les braconniers s’en vont vers des régions où le braconnage n’est pas interdit, donc ça ne sert pas à grand-chose. Mais ça a quand même valu le coup, car le grand-père du directeur a pu construire cette réserve. Il s’est débrouillé pour importer des espèces menacées.
-Le père du directeur était aussi le responsable de cette réserve ?
-Oui. Ils le sont de père en fils.
Gladys se mordit les lèvres.
-Eolère est arrivée ici alors qu’elle était encore bébé, continua Flora. Sa mère avait été tuée par un braconnier qui s’était lancé depuis longtemps dans le projet de fabriquer des sacs à main en peau de dragon électrique. Les dragons électriques sont très puissants. Ils sont plus faits pour les attaques physiques plutôt que pour les attaques lointaines. Ils sont capables de générer un champ électrique à travers tout leur corps pour obliger un ennemi à lâcher prise. Etrangement, quand ils meurent, ils gardent cette particularité. C’est pour ça que ce braconnier voulait fabriquer des sacs à main à partir de peau de dragon électrique. Les frères et les sœurs d’Eolère se sont dispersés dans la nature. Eolère voulait faire de même, mais le braconnier a réussi à l’attraper et l’a enfermée dans une cage. Comme elle était beaucoup trop jeune, à peine un mois, il l’a prêtée à un cirque qui s’amusait à la persécuter de toutes les manières possibles pour faire voir aux gens la résistance de ces dragons. C’était dans son propre intérêt et celui du braconnier. Le cirque attirait de plus en plus de monde et le braconnier vendait plus de sacs à main. Mais le grand-père du directeur a entendu parler de ça, et il est aussitôt parti, avec quelques amis qui le soutenaient dans son projet d’éradiquer le braconnage d dragons, et il a réussi à voler Eolère. Il l’a ramenée ici et l’a soignée, la guérissant de sa peur des humains du mieux qu’il pouvait. Il a pris soin d’elle comme si c’était sa fille et elle a finit par comprendre que les humains qui sont ici ne lui veulent aucun mal. C’est un peu la protégée du groupe, ici.
-Mais tous les dragons d’ici sont vos protégés.
-Disons qu’elle l’est encore plus. Appelle ça la favorite, si tu veux. Elle se tient souvent à proximité de la maison des employés ou de cette plaine.
Automatiquement, Gladys regarda les alentours, dans la forêt. Elle ne vit pas un bout d’écaille jaune, pas une longue queue divisée en trois, pas un bout de museau jaune électrique.
-Tu ne la verras pas, expliqua Flora en ayant un petit sourire. Elle ne s’approche jamais des hommes pendant la saison des amours. Comme je viens de te l’expliquer, elle ne veut pas que ses petits nous approchent.
-Pourquoi est-elle venue nous voir tout à l’heure, alors ?
-Parce qu’un de ses petits venait par ici. Elle l’a empêché de traverser la forêt.
-Si elle ne laisse pas ses petits vous approcher, comment faites-vous pour les approcher ?
-Nous ne nous approchons presque jamais d’eux. Ici, ils sont libres, ils vivent comment ils auraient vécu si le braconnage était prohibé partout. Nous ne les croisons que lorsque nous nous rendons dans la prairie d’Initiation, comme maintenant.
Gladys remarqua alors quelque chose.
-Pourquoi dis-tu « nous » ?
Le sourire de Flora se fana, et Gladys sut qu’elle avait posé une bonne question.
-En fait, chuchota-t-elle après une minute de réflexion, je suis en quelque sorte l’assistante du directeur. Il y a une semaine, il m’a demandé si je voulais bien être directrice la place de son fils plus tard.
Gladys s’arrêta net.
-Il t’a proposé d’être la chef ? Vraiment ? demanda-t-elle enfin.
-Oui.
-Et qu’est-ce que tu as répondu ?
-J’ai dit que j’avais besoin d’y réfléchir.
-Et Soren, alors ?
Elle connaissait le fils du directeur car elle était dans la même école que lui.
-Je ne sais pas. Je n’ai pas osé demander au directeur.
-Pourquoi ?
-Parce que je trouvais ça impoli. D’ailleurs, ne va pas lui demander, car il m’a demandé de ne le dire à personne.
-Même moi ?
Elle était très proche de sa sœur, ce que le directeur avait du remarquer.
-Il a juste dit que si je te le disais, tu ne devais le répéter à personne. Est-ce que c’est clair, Gladys ?
-Oui. Juste un truc, cependant. Puisque j’ai le droit d’être dans le secret, pourquoi est-ce que je ne peux pas demander ce qu’aller en penser Soren ?
-Parce que c’est impoli.
-Ca, c’est ton avis. Mais il acceptera peut-être de te donner quelques précisions concernant le boulot.
-Je ne lui ai pas encore dit oui.
-Pense aux avantages, bon sang ! Tu pourrais voir Drave tous les jours, dans son environnement naturel. Vous seriez heureux, plus que maintenant.
-Je pense aux inconvénients, figure-toi.
-Parce que tu en as trouvés ? Alors vas-y, épate-moi !
Flora se mordit la lèvre.
-Maman ne serait pas d’accord que je me retrouve dans les parages si immédiats des dragons. Papa, quant à lui, voudrait me voir devenir la directrice de son entreprise de meubles.
Gladys réagit aussitôt.
-Papa souhaite te voir devenir quelqu’un de respectable. Or, être la directrice de l’une des seules réserves de dragons dans le monde est très respectable. Pour le cas de maman, c’est encore plus facile. Si elle avait peur que tu te retrouves dans les parages immédiats avec un dragon, elle ne t’aurait pas laissée aller voir Drave.
-Bon d’accord, admit Flora. Mais pense quand même que Drave est un dragon. Elle ne fait pas le poids face à la colère d’un dragon.
-Mais maman ne fait pas dans le détail. Si elle n’avait pas obtenu l’autorisation du directeur d’envoyer Drave dans une autre réserve, elle l’aurait sans doute enlevé et remis dans la nature. Ou non, finalement, il t’aurait sans doute retrouvée. Je pense qu’elle aurait mis un terme au problème, si tu vois ce que je veux dire.
Flora baissa la tête, et Gladys s’en voulut de l’avoir chagrinée. Dans sa tête, les images défilaient, des images au destin tragique.
-Mais je suis sûre qu’elle ne le ferait pas, se dépêcha-t-elle de dire, pour faire fuir les images dans la tête de sa sœur. Elle n’est pas stupide, elle saurait à quoi cela aurait mené.
-D’accord. Bon, explique-moi un peu pourquoi veux-tu absolument que je devienne directrice de la réserve, Gladys.
-Parce que tu serais plus heureuse ici que chez nous. Et puis, je pense aussi aux dragons. Avec le caractère de Soren, ils pourraient très bien être vendus aux enchères aux autres réserves.
Elle savait qu’elle avait raison. Soren était un vilain garçon qui prenait tout pour acquis et pour qui seule la gloire intéressait.
Flora réfléchit quelques instants à cette raison plausible, le front plissé.
-Tu as raison, finit-elle par décréter. Mais il serait tout aussi bien capable de mettre le feu à la réserve s’il n’en devient pas le chef.
-Tu sauras l’en empêcher. S’il le faut, je demanderai au directeur de lui demander d’habiter avec lui.
-Soren peut se montrer très intelligent quand il le veut. Il trouvera un moyen pour refuser. Et, si ce n’est pas le cas, il s’esquivera le plus souvent possible en prétendant que c’est son travail qui l’emmène si loin.
-On a qu’à lui demander comment il réagirait, suggéra Gladys.
-Tu rigoles ? s’exclama Flora en la regardant avec des yeux écarquillés. Il se doutera forcément de quelque chose.
-Pas directement, dit Gladys en levant les yeux au ciel. Par un chemin détourné. Quand j’aurai mon dragon (elle frissonna d’impatience), je devrai le présenter au directeur, non ? Son fils sera certainement avec lui. Il était là quand tu as eu Dave, et quand Marchia a eu Acra.
Marchia était la meilleure amie de Flora. Acra était son dragon, un dragon d’acier.
-Encore faudrait-il que tu aies raison sur sa présence. Il se fiche totalement des autres.
-Mais, étant le vraisemblable héritier de la réserve, il a l’obligation de connaître tout sur elle ! Par conséquent, il doit être là pour les démarches administratives, les soins, les Initiations…
Gladys s’interrompit.
-Ce qui veut dire qu’il sera là aujourd’hui ! s’exclama-t-elle très fort.
-Chut ! souffla Flora. Il pourrait nous entendre !
Elle pointait le doigt vers le directeur, et Gladys se tut.
-Dis-moi, reprit-elle quelques minutes plus tard, changeant de sujet, pourquoi Eolère a-t-elle le bout de la tête et de la queue divisés en trois parties ? Et pourquoi le petit dragon rouge a-t-il une corne sur la tête ?
-Le petit dragon rouge s’appelle Ilem. Il vit dans les montagnes, là où vivent d’autres dragons de différentes sortes. Ils logent dans les parties rocheuses des montagnes, dans les grottes, à l’inverse des autres dragons qui préfèrent les zones plus végétales ou humides. Il vit plutôt en haute altitude. Dans les forêts des montagnes vivent quelques dragons de terre, et beaucoup de plantes. La tête des dragons de terre ressemble un peu à celle des tricératops d’il y a je ne sais combien de millions d’années. Sur le haut de la tête, ils ont une sorte de bouclier crânien qui les protège des dangers de la forêt et de ses habitants. Il n’y a pas grand-chose comme nourriture dans les zones rocheuses des montagnes. Les dragons comme Ilem étaient contraints de descendre dans les forêts pour se nourrir. Le problème, c’est que les dragons de terre et de plante n’apprécient pas beaucoup que d’autres dragons pénètrent leur territoire, tu vois. Ils se sont battus, et les dragons rouges ont été obligés de rebrousser chemin et de revenir vers les montagnes. Ils n’avaient pas encore leur corne, à l’époque. Bref, tout était confus. Les dragons rouges ne pouvaient plus se nourrir. Certains sont descendus dans les forêts et se sont battus avec les dragons de terre et de plante. Leur nombre a augmenté, et pour finir tous les dragons se sont battus pour leur nourriture. La majorité des dragons perdaient le combat, et l’on a craint que l’espèce soit éradiquée. Mais, au fil des années, ils ont développés cette corne. Avant, ils étaient vulnérables face aux dragons de terre à cause du bouclier crânien de ceux-ci. Maintenant, leur corne leur permette de rivaliser en puissance. Ils ne sont pas aussi forts, certes, mais ils ne sont plus aussi faibles qu’avant. Certains ont tué des dragons de terre, d’autres les ont obligé à fuir. Les dragons de terre et de plante laissent les dragons rouges entrer dans leur territoire pour se nourrir, à présent.
-Et les dragons d’électricité ?
-Je te préviens, je ne connais pas tout sur ceux-là. Mais bon, je vais faire de mon mieux. Mais je vais faire bref. Les dragons d’électricité sont plus faits pour les attaques physiques plutôt que pour les attaques à distance. Mais d’autres espèces de dragons sont plus pour les attaques éloignées. Ils étaient souvent contraints de fuir quand les autres dragons les attaquaient. Alors ils ont développé ce truc bizarre, cette division en trois de leur queue. A partie de celle-ci, désormais composée de trois parties, ils pouvaient lancer des éclairs pour ralentir leurs ennemis et avoir le temps de filer.
-Et sur la tête ?
-Ces trois cornes-là, ils les ont depuis toujours. Tu te souviens de ce que je t’ai dit à propos de leur défense électrique ?
-Oui. Si quelqu’un les attaque, leur corps réagit à l’agression et un champ électrique se propage dans leur corps. C’est pour ça que les braconniers veulent faire des dragons électriques des sacs à main.
-Exactement. Eh bien, c’est de ces trois cornes que provient cette électricité.
-Quoi ? Elles sont leur origine ?
-Oui. Les scientifiques n’ont pas encore déterminé pourquoi ce sont ces cornes qui fournissent l’électricité. Elles servent aussi d’arm, tu comprends, quoi. Elles servent à frapper l’ennemi. Mais, quand les gens ont su, il y a eu un problème. Un gros problème.
-Laisse-moi deviner. Les employés, je sais pas comment on les appelle, qui travaillent dans des centrales nucléaires ont décidé de s’approprier ces cornes pour leur épargner du travail ?
-Oui. Les braconniers sont avec joie devenus leurs fournisseurs, et le directeur a encore du intervenir parce que les employés qui habitent ici voulaient s’approprier les cornes d’Eolère et de ses compagnons électriques. Mais la loi est claire : il est interdit de tuer des dragons dans cette ville. Alors ils ont proposé de laisser les dragons envie, mais de se servir d’eux comme fournisseurs d’électricité. Là encore, le directeur a du intervenir, parce que le bourgmestre envisageait d’acquiescer à cette demande. Il a déclaré que se servir des dragons comme fournisseurs d’électricité, c’était la même chose que les tuer, dans la mesure où ils dépendent entièrement de leur électricité pour survivre.
-Ah bon ?
-Oui. Il y a longtemps, avant la construction de la réserve, un scientifique a réussi à capturer un dragon d’électricité et l’a vidé de son énergie électrique pour analyser celle-ci, voir si elle était la même que celle que nous utilisons tous les jours chez nous. Le pauvre était complètement groggy, à moitié mort. On s’est aperçus que l’électricité d’un dragon électrique était leur moitié.
-Je ne comprends pas.
-Je vais essayer de t’expliquer plus clairement, mais je ne te garantis rien. Bon. Prends par exemple un humain. Si on lui enlève son cœur, il meurt. D’accord ?
-Oui.
-Eh bien, c’est pareil avec les dragons. L’élément d’un dragon, c’est son cœur, un organe sans lequel ils ne pourraient vivre.
-Mais l’électricité n’est pas un organe !
-C’est ce que tu crois.
-Commet ça ?
-Le scientifique qui a vidé le dragon de son énergie électrique a analysé celle-ci, et il s’est aperçu qu’elle était vivante.
-Précise.
-Tu fais des sciences, à l’école ?
-Oui.
-Alors, tu dois savoir comment on peut qualifier un vivant de vivant.
-Oui. Un vivant est un organisme qui se reproduit, perçoit et réagit à des stimuli, se nourrit et respire.
-Exactement.
-Mais comment l’électricité peut-elle posséder tous ces critères ?
-Personne ne le sait. L’électricité est présente partout dans le corps du dragon. L’oxygène présent dans le sang des dragons est d’abord utilisé par l’électricité qui passe dans le sang. Puis l’oxygène est boosté, revitalisé, par l’électricité qui la renvoie dans les organes. L’électricité ne s’oxygène que pendant quelques millièmes de secondes.
« Ca te semblera impossible, mais l’électricité est capable de se reproduire. Lorsqu’un dragon électrique utilise l’électricité, celle-ci meurt ensuite. De la nouvelle électricité remplace celle qui est morte. D’après ce que j’ai compris, avant de faire son travail d’attaque et de défense, l’électricité laisse des traces d’elle dans le corps du dragon. Les scientifiques considèrent cela comme une forme de reproduction, mais, personnellement, je ne comprends pas ce qui les pousse à dire ça.
-De quoi l’électricité se nourrit-elle ?
-D’un peu de tout. Elle se nourrit des gaz présents dans l’atmosphère comme nous nous nourrissons de viande, de fruits et de légumes.
« Pour expliquer qu’elle perçoit et réagit à des stimuli, c’est assez facile si l’on connaît sa fonction première. Lorsque le dragon est en danger ou se sent en danger, ou même lorsqu’il a peur, l’adrénaline va être encore plus présente dans son sang.
-C’est l’adrénaline le stimuli de l’électricité ?
-Oui. Mais ce phénomène n’arrive pas uniquement aux dragons d’électricité.
-Qu’est-ce que tu veux dire ?
-Cela arrive à tous les dragons. L’élément des dragons est toujours vivant, que ce soit le feu, l’eau, la terre, l’air et tous les autres éléments.
Elles arrivaient au chalet, maintenant. Gladys était stupéfaite de savoir que la conversation qu’elle venait d’avoir avec sa sœur s’était étalée sur à peine cinq minutes.
Le chalet était en bois clair, et grand, pas aussi grand que la maison d’accueil, mais pas mal tout de même.
Lorsqu’ils entrèrent, une petite femme potelée était occupée à nettoyer les fenêtres. Elle avait des courts cheveux bruns, et sa peau était très blanche. Elle se retourna en les entendant arriver.
-Bonjour, Mr Dagg, dit-elle en souriant. Bonjour Flora.
-Bonjour Mme Desmat.
-Initiation ? demanda-t-elle ensuite en hochant la tête, comment si elle avait déjà deviné.
-Oui.
Gladys examina l’intérieur. Les murs étaient en bois, le plafond aussi. La pièce était carrée et ressemblait plus à un salon qu’à une pièce d’accueil ou une salle d’attente. Quatre divans beiges étaient disposés au centre de la pièce, entourant une petite table en bois carrée.
-Où est-ce qu’on est ? demanda-t-elle en regardant Flora, qui souriait avec nostalgie.
-Dans le salon, répondit celle-ci.
Gladys haussa un sourcil, s’apprêtant à demander des explications plus précises, mais Flora l’entraînait déjà vers l’escaler de bois situé dans le fond gauche de la pièce. Une fois en haut, elle tourna à droite et poussa la dernière porte.
La pièce était carrée et petite. Les murs, comme dans le salon d’en bas, étaient en bois. Un lit était placé à gauche du minuscule couloir d’un mètre trente qui conduisait à la chambre. Une haute garde-robe occupait la gauche du lit, tandis qu’une table de chevet était mise à la droite de celui-ci.
Au lieu de poser l’idiote question « à qui est cette chambre ? », elle préféra opter pour quelque chose de plus sensé.
-Combien de temps vais-je rester ici ?
-Ça dépend. Si tout se passe bien et qu’il n’y a pas de problème, deux semaines peut-être plus. Mais si tu as des difficultés à t’adapter, un mois, voire deux.
-Ah.
Elle laissa s’écouler quelques secondes, puis :
-Quand suis-je censée aller chercher mes affaires ?
-Elles sont déjà ici. J’ai apporté le nécessaire hier, quand je suis venue.
Gladys la regarda, stupéfaite.
-Bon. Et elles sont où ?
En souriant, Flora montra du doigt la garde-robe.
-Viens, lança-t-elle ensuite. Il faut qu’on retourne en bas.
-Pourquoi m’as-tu amenée ici si nous devons repartir tout de suite ?
-Je désirais juste te faire visiter.
-Flora ?
-Oui ?
-Que vas-tu dire au directeur ? A propos de sa demande ?
-Eh bien, hésita-t-elle en se mordant les lèvres, je n’ai encore rien décidé. Je pense qu’il faudra recourir à ta méthode.
-Laquelle ?
-Tu sais, demander à Soren par un chemin détourné comment il réagirait s’il n’héritait pas de la réserve. Il faudra toutefois faire attention.
-D’accord !
Elles descendirent. Quand elles arrivèrent dans le salon, le directeur et Mme Desmat étaient plongés dans leur conversation et ne nous entendirent pas arriver.
-Pourquoi ne veux-tu pas m’expliquer en quoi consiste cette Initiation ? maugréa Gladys en regardant Flora.
Celle-ci soupira.
-Parce que c’est interdit.
-Pff ! C’est n’importe quoi !
-Non, pas du tout.
-Pourquoi ? s’étonna-t-elle.
-Je t’expliquerai après.
Puis elle héla Mr Dagg.
-Nous sommes prêtes, annonça-t-elle.
-Bien, suivez-moi.
Ils sortirent et se dirigèrent vers les deux montagnes au nord du chalet.
Ils marchèrent pendant une dizaine de minutes puis arrivèrent taux montagnes.
-Qu’est-ce qu’on vient faire ici ? questionna Gladys avec curiosité.
-Tu verras bien répondit Flora sans la regarder.
-On ne se dirige pas vers la partie rocheuse, hein ?
Elle se souvenait de ce qu’avait dit Flora, un quart d’heure plus tôt, à propos des petits dragons rouges. « Ils logent dans les parties rocheuses des montagnes » avait-elle dit. Elle frissonna.
-Aucune idée. Mais, si ça peut te rassurer, nous commencerons par aller dans la forêt qui se trouve sur cette montagne.
Cela ne la rassura pas.
Comme promis, ils allèrent dans le bois que Gladys n’avait pas repéré. Là-bas, il y avait encore plus de dragons que dans la forêt qui était derrière eux.
Ils en trouvèrent de toutes les sortes. Des dragons de terre possédant, comme Drave, un bouclier crânien, des dragons de plante avec le bout de la queue en forme de feuille, et d’autres espèces toutes aussi étranges les unes que les autres. Ils fouillèrent la forêt (Gladys ne savait toujours pas ce qu’ils cherchaient d’ailleurs) mais ne trouvèrent rien qui les satisfaisait. Ils montèrent donc sur la montagne de gauche, de plus en plus haut au fur et à mesure qu’ils ne trouvaient rien. Puis ils en descendirent et entreprirent de grimper sur celle de droite, qui était nettement plus glissante. Plus ils montaient, plus le sol se couvrait de givre et les rochers de neige. Curieusement, Gladys n’en ressentait aucune gêne, contrairement à ses deux compagnons qui se démenaient pour ne pas glisser.
-Bon sang, grogna Flora alors qu’ils escaladaient un énorme rocher recouvert de neige, on n’a pas dû aller si loin pour moi !
-Pardon ? demanda Gladys, qui ne comprenait pas.
-Rien.
Un rugissement aigu retentit soudain. Flora se laissa tomber derrière le rocher, attrapa Gladys par le cou et la fit s’asseoir juste à temps sur le sol gelé. Une grande silhouette ailée passa au-dessus d’eux en poussant des rugissements aigus. Gladys retint sa respiration.
Ils attendirent cinq bonnes minutes avant d’estimer que la voie était libre.
-Qu’est-ce que c’était ? haleta Gladys.
-Un dragon de glace, répondit le directeur en surgissant de l’autre face du grand rocher.
-Pourquoi est-ce que nous nous sommes cachés ? Ils vous connaissent, ils ne devraient pas vous faire de mal.
Cela dit, faute de conviction, Gladys préféra employer le conditionnel.
-Je t’ai dit qu’ici, c’était comme s’ils étaient à l’état sauvage, répondit Flora en se relevant. Mieux vaut rester prudents.
Elle aida Gladys à se relever, prenant soin de caller ses pieds en-dessous du rocher pour ne pas tomber. Le directeur escalada rapidement le rocher et leur fit signe d’avancer.
-A chaque fois qu’il y a quelqu’un qui vient pour être initié, vous l’accompagnez ici ? demanda Gladys au directeur pour ne plus penser aux dragons.
-Oui. Cela fait partie de mon travail. Mon grand-père et mon père le faisaient, alors je le fais aussi.
Ils progressèrent lentement, sauf Gladys, qui avait l’air de se moquer de la dangerosité du terrain. Flora la héla plusieurs fois pour lui rappeler de faire attention et qu’elle n’était pas toute seule à escalader cette montagne. L’attraction grandissante de Gladys vers le haut de la montagne, où il faisait froid et où le vent soufflait fort, intriguait Flora et le directeur, qui supposaient à voix basse qu’elle était peut-être liée à un dragon d’air.
Ils arrivèrent au sommet de la montagne et Flora cria à Gladys de s’arrêter. Celle-ci obtempéra, étonnée. Ses compagnons la rejoignirent rapidement et s’immobilisèrent devant le spectacle qui les attendait.
Des dizaines de dragons logeaient au sommet, lequel avait le périmètre protégé par un fin rocher qui recouvrait l’ensemble du contour du sommet. Les dragons étaient bleu très clair, et il y en avait des adultes et des bébés. Leurs écailles paraissaient dures, probablement pour résister au froid et au vent. Leurs ailes étaient pointues, leur queue aussi. Ils étaient très fins. Ils étaient magnifiques.
Un rugissement aigu retentit soudain, et ils se baissèrent instinctivement. Un dragon, probablement le même que celui vu tout à l’heure, se posa sur le sommet, faisait voler la neige. Il tenait une biche dans sa gueule.
-Des dragons de glace, chuchota le directeur à voix basse. Il n’y en avait pas sur l’autre montagne. A chaque fois, c’est pareil. Dès que nous devons aller sur une montagne, la gauche est vide et la droite est remplie.
Soudain, le dragon qui venait d’arriver se détourna de la biche (qu’il avait commencée à manger) et tourna la tête dans leur direction, poussant un rugissement qui fit se dresser les poils de leur nuque. Il abandonna la carcasse de l’animal et commença à avancer dans leur direction, menaçant. Gladys voulut reculer, mais le directeur l’en dissuada.
-Ne bouge surtout pas, murmura-t-il à son adresse, cependant que Flora se pétrifiait.
Le dragon continuait à avancer, respirant fort. Curieusement, Gladys ne se sentait pas menacée. Elle se sentait en sécurité.
Il était presque arrivé à leur cachette. Quand ce fut le cas, il les renifla un à un, s’attardant sur Gladys. Puis il rejeta la tête en arrière, étendit les ailes et poussa un rugissement strident. Ils reculèrent rapidement, mais le dragon avait déjà penché la tête et attrapé Gladys, qui pendait entre ses dents. Il recula et s’envola.
Gladys hurla et se débattit, n’ayant pas conscience, vu la situation, qu’elle était suspendue à plus de huit cent mètres d’altitude. Soudain, le dragon pencha la tête à droite, puis la tourna violemment vers la gauche, l’emmenant se cogner contre son cou. Elle s’y accrocha instinctivement, tentant de grimper dessus. Elle ne parvint qu’à s’enrouler autour de la partie gauche du cou de la bête, son aile fouettant le vent menaçant de la frapper et de l’expédier à plusieurs mètres de là, dans le vide où personne ne pourrait la rattraper. Le dragon volait de plus en plus vite. Lorsqu’il dépassa le chalet en bois, Gladys n’eut que le temps d’apercevoir, malgré l’altitude, le visage horrifié de Mme Desmat, sûrement attirée dehors par ses hurlements.
Soudain, un rugissement grave retentit, furieux. Gladys se retourna et vit un autre dragon, vert-brun avec un bouclier crânien, poursuivait le dragon bleu clair. Celui-ci s’en rendit compte et augmenta la vitesse.
En-dessous d’elle, les arbres défilaient. Soudain, ils disparurent et furent remplacés par des maisons. Des enfants jouant dans le jardin aperçurent les deux dragons et hurlèrent, horrifiés.
La forêt réapparut soudain. Le dragon augmenta encore l’allure et, se retournant, Gladys vit que la bête vert-brun familière gagnait du terrain, enhardie par l’avantage d’être sur son terrain.
Soudain, le dragon bleu rejeta la tête en arrière et Gladys n’eut que le temps de profiter de l’opportunité de grimper sur le cou du dragon avant que celui-ci ne crache un jet de neige devant lui. Il vira soudainement à gauche, esquivant la neige qui, portée par le vent contraire, alla s’écraser sur la tête du dragon de terre. Celui-ci, aveuglé, perdit du terrain et l’altitude, évitant de justesse de percuter les troncs d’arbres. Furieux, il se plaça juste en-dessous du dragon bleu sans regagner d’altitude, et Gladys vit sans surprise sa sœur Flora perchée sur le cou de Drave. Le dragon bleu en profita et descendit rapidement, dans l’intention d’écraser son ennemi et de le précipiter dans les arbres. Mais Drave ralentit soudain, et le dragon bleu fut sans cible à écrabouiller. Gladys ferma les yeux.
Le dragon bleu percuta un arbre, qui se fendit en deux sous le poids du dragon. Les branches déchirèrent ses vêtements, griffèrent sa peau. Le dragon bleu rugit et fit des tonneaux. Gladys lâcha le cou de la bête avant que celle-ci ne s’écrase au sol. Il ne bougea plus.
La jeune fille resta cinq minutes par terre sans bouger. Puis, avec un véritable effort de volonté, elle se releva et, se tenant le bras gauche, boita jusqu’au dragon.
Il se tenait sur le ventre, comme s’il dormait. Ses yeux étaient fermés et ses ailes étaient mollement posées sur le sol. Gladys leva la tête. Tout était chaotique, autour d’elle. Elle ne distinguait plus le ciel. Personne ne la trouverait par ici. Elle se coucha près du dragon et sourit comme elle sourirait à un ami. Elle entendait un battement d’ailes au-dessus d’elle, mais elle n’y prêta pas attention. Elle posa son index et son majeur sur le cou de l’animal, consciente cependant qu’elle ne connaissait rien sur les dragons. Elle examina le ventre du dragon bleu pendant ce qui lui sembla être une éternité, alors que cela ne faisait en réalité que quelques minutes. Elle poussa un soupir de soulagement lorsqu’elle discerna un léger soulèvement du côté des côtes de la bête. Le dragon n’était qu’évanouit.
Maintenant certaine que le dragon allait bien, elle examina son bras gauche. Une longue coupure prenant toute la taille de son bras saignait abondamment. Un bout de tissu pendait pitoyablement. Elle l’arracha et improvisa un garrot. Elle serra son bras blessé en grimaçant. Sa chemise à longues manches était désormais une chemise sans manches. La tête posée sur le sol, elle sombra dans le sommeil.
Elle fut réveillée par une langue. Elle fronça le nez et ouvrit les yeux.
Devant elle se tenait une tête bleu clair qui la regardait anxieusement, son regard bleu posé sur ses yeux également bleus. Elle ouvrit grand les yeux, puis le souvenir de la veille lui revint brutalement. Elle sourit à l’énorme bête qui était désormais son compagnon pour la vie.
Elle se redressa et regarda le ciel. Bien que les arbres et les branches, dus à l’atterrissage chaotique du dragon, masquaient encore celui-ci, elle discernait un mince filet de lumière qui rebondissait doucement sur le sol terreux.
Gladys se leva et s’étira. Elle avait l’impression d’être enfermée dans une grotte. D’après le peu de soleil qu’il y avait dans son « abri », elle conclut que le côté nord était impraticable. Comme par hasard, c’était celui qui menait à la réserve. Elle se dirigea vers l’est, qui, malgré les ronces, était envisageable. Elle marcherait vers le nord quand l’occasion se présentera.
Le dragon la suivit, marchant derrière elle, son haleine chaude dans son cou. Il frotta son museau contre son épaule. Lorsqu’elle se retourna, il désigna tant bien que mal son cou et se baissa.
Quelques minutes plus tard, Gladys était perchée sur le long cou du dragon bleu, et celui-ci marchait d’un bon pas, écartant sans mal des branches qu’elle aurait eu difficile à dégager.
Soudain elle entendit un battement d’ailes au-dessus d’elle et se pencha, souhaitant de toutes ses forces que le dragon s’arrête mais ne sachant pas comment parvenir à lui faire comprendre son désir. A sa grande surprise, il s’exécuta et se fit plat comme un énorme serpent, manquant de faire tomber la jeune fille.
Elle regarda en l’air et vit une aile brun-vert les survoler sans les détecter. Elle retint sa respiration. Ils attendirent en silence pendant quelques minutes puis repartirent, plus prudents maintenant qu’ils avaient compris qu’ils étaient recherchés.
Une dizaine de minutes plus tard, ils débouchèrent dans une minuscule plaine. Tous les chemins étaient praticables, y compris celui menant vers le nord. Mais Gladys préféra continuer vers l’est, devinant qu’il serait trop dangereux d’aller vers le nord où ils étaient sans doute recherchés.
Vers midi, d’après le soleil qui était plus lumineux que jamais, Gladys commença à avoir faim. Elle sut que le dragon aussi avait faim, car chaque fois que quelque chose bougeait, il regardait avidement dans la direction d’où venait le bruit. Gladys décida de s’arrêter un petit moment, cherchant une façon de faire comprendre à l’animal ce qu’elle désirait. Elle fut une fois de plus stupéfaite de voir l’animal se baisser dans un coin de la forêt dégagé mais invisible vu d’en haut. Elle caressa la joue de l’animal, qui se frotta contre sa main en ronronnant. Soudain, il tourna la tête en direction du sud et commença à avancer silencieusement. Il plongea soudainement, et Gladys entendit un glapissement puis le déchirement de la peau. Elle frémit.
Le dragon revint quelques secondes après, tenant dans sa gueule une biche morte. Celle-ci avait encore de l’herbe dans la bouche. Il la déposa à ses pieds et la regarda avec douceur. Elle eut un petit sourire forcé. Le dragon mordit le cou de sa proie et ressortit un morceau de chair qu’il lui proposa.
Elle ne sut que répondre. Elle aurait voulu lui répondre qu’elle ne mangeait pas de chair crue, mais elle n’était pas sûre que le dragon comprenne. Celui-ci eut un instant le regard pensif, puis il déposa la chair sur le corps de la biche et observa les alentours. Il marcha vers un endroit et en revint quelques secondes après, portant précautionneusement deux pierres dans sa gueule. Il les déposa à ses pieds.
Gladys saisit les deux pierres et les regarda, indécise. Devant elle, le dragon frotta son museau contre son épaule en un geste encourageant. Gladys frotta les deux pierres sur elles-mêmes, sans résultat.
Le dragon repartit et revint avec un tas de pierres dans sa gueule qu’il disposa en cercle. Gladys tapa les deux pierres, de plus en plus fort, puis une étincelle finit par apparaître et enflamma les herbes mises au centre du cercle de pierres créé par le dragon. Elle sourit à celui-ci. Puis elle alla chercher une branche dont elle cassa le bout pour en faire un pic. Elle transperça ensuite la chair, s’assit et la fit cuire au-dessus du feu.
Le dragon ressortit un autre morceau de chair de la carcasse et l’avala. Gladys préféra se détourner.
Une fois la viande cuite, elle retira le bois du feu et laissa la chair refroidir pendant cinq minutes avant de mordre dedans. Elle l’engloutit en cinq bouchées.
Elle alla fouiller les arbres aux alentours et dénicha un pommier. Elle dénoua le garrot qu’elle avait oublié et avança dans la forêt. Elle trouva un petit ruisseau et nettoya du mieux qu’elle put le morceau de tissu. Puis elle retourna à l’endroit où était situé le pommier et remplit le bout de chemise de pommes. Elle se dirigea vers le coin de la forêt où elle s’était arrêtée et déposa le tissu, qu’elle avait noué pour envelopper le petit tas de fruits, près du feu. Puis elle alla chercher une autre branche qu’elle tailla à l’aide des deux pierres que le dragon lui avait apportées de manière à ce qu’elle ressemble à une petite lance. Elle grimpa ensuite sur le dos du dragon, qui avait fini son repas, et ils repartirent.
Ils cheminèrent dans la forêt pendant quelques heures sans s’arrêter. Gladys fut impressionnée par le dragon qui ne montrait pas de signes de fatigue. Soudain, alors qu’ils tournaient dans la seule direction praticable, ils furent éblouis par la lumière. Le dragon se dépêcha de faire demi-tour. Gladys descendit et brandit sa petite lance, le dragon avançant derrière elle. Devant eux, il y avait la campagne. La forêt continuait gauche et à droite, mais tout droit ce n’était que des champs. Gladys distinguait, à gauche, les deux montagnes de la réserve, mais c’étaient deux formes petites maintenant. A droite trônait une petite colline. A quelques centaines de mètres de là, des enfants jouaient devant une petite ferme. Le dragon renifla avidement l’air, bavant en sentant l’odeur de vache. Si la petite biche qu’il avait dévorée quelques heures plus tôt avait suffi à combler sa faim (ce dont Gladys ne revenait toujours pas) il restait un dragon. Il passait la majeure partie de son temps à déambuler à la recherche de proies potentielles.
Soudain un enfant, grand pour son âge, aperçut le dragon. Même si il y avait plusieurs centaines de mètres de distance entre lui et le dragon, celui-ci mesurait quand même vingt mètres de haut. L’enfant appela sa mère qui, une fois arrivée, hurla à la vue du dragon. Elle courut à l’intérieur et ressortit quelques secondes plus tard, un téléphone portable à la main. Gladys remonta rapidement sur le dragon et celui-ci repartit dans la forêt.
Le dragon se fraya tant bien que mal un chemin à travers les ronces, les branches basses et (pour lui) les branches hautes. Ils étaient partis vers la droite, là où était la petite colline. Gladys comptait grimper dessus afin de pouvoir se repérer par rapport à la réserve. Elle aurait tout aussi bien pu se rendre à ceux qui la cherchait, mais le dragon serait abattu, elle n’avait aucun doute là-dessus. Seul le directeur serait capable de compréhension.
Une fois arrivés au pied de la colline, Gladys préféra descendre du dragon, pour ne pas le gêner lors de la montée. Mais celui-ci lui fit comprendre qu’il ne voulait pas qu’elle parte en grognant. Puis il marcha, plus vite, vers la partie cachée de la montagne, derrière laquelle seule la forêt serait témoin. Alors il s’envola, faisant voler la terre et crier la jeune fille qui ne s’y attendait pas. Elle parvint néanmoins à se contrôler et même à prendre plaisir à cette courte séance de vol. Ils furent au sommet en moins de deux minutes.
Gladys voyait plus de choses, vu qu’elle était perchée sur le cou d’un dragon de vingt mètres de haut. Elle repéra les deux montagnes à l’ouest. Au nord, il n’y avait que des champs sur plusieurs centaines de mètres. Après, que des maisons. Au sud, c’était la forêt. A l’est, où ils s’étaient installés, aussi.
Gladys entendit un bruit de voiture. Près de la maison, une voiture venait en effet de s’arrêter, sur laquelle était marquée l’inscription « POLICE ». Un homme descendit de la voiture et cogna à la porte, qui s’ouvrit presque aussitôt. Gladys souffla, agacée. Les gens avaient peur de n’importe quoi, de leurs jours. Elle se coucha presque sur le long cou du dragon et murmura :
-La police est ici, on ne peut faire qu’une chose…foncer dans le tas.
Le dragon se dressa sur ses pattes postérieures, rejeta le cou en arrière, poussa un rugissement grave et sauta dans le vide.
Il évita de justesse le blé et reprit de l’altitude, gagnant en vitesse à chaque battement d’ailes. Il dépassa la maison, où le policier regardait le dragon avec horreur, et fonça droit vers les deux montagnes, à quelques kilomètres de là. Gladys fut stupéfaite de la distance que le dragon avait avalée en l’espace de seulement quelques minutes la veille.
Déjà, le dragon survolait la zone où il avait atterrit en catastrophe et entamait le voyage pendant lequel il avait combattu Drave, le dragon de Flora.
La sensation était inouïe. Le vent lui fouettait le visage, mais elle aimait ça. Elle redressa sa colonne vertébrale et poussa un cri d’exaltation, auquel le dragon répondit par un rugissement reflétant la même euphorie. En-dessous d’eux, les gens rentraient précipitamment dans leur maison, effrayés par l’immense dragon.
Soudain ils ne furent plus seuls. Deux dragons, un couleur acier et l’autre rouge flamboyant, les poursuivaient. Gladys les regarda avec affolement. Deux hommes les montaient. Ils ne ressemblaient pas à des policiers, mais ils n’avaient pas l’air très gentil non plus. Un rugissement grave retentit en-dessous d’eux, et Gladys vit Drave s’envoler, monté par Flora. Il vint se placer à sa droite.
-Monte, Gladys ! cria Flora en désignant l’espace derrière elle.
Gladys refusa fermement et agrippa le cou du dragon, une lueur de désespoir dans les yeux. Flora, qui était une fille très intelligente, comprit et chargea le dragon d’acier, qui se trouvait plus proche d’elle que le dragon de feu. Gladys regarda les bois de la réserve. Elle n’était plus qu’à un kilomètre, trente secondes à vol de dragon. S’ils arrivaient à tenir jusque-là, les deux dragons derrière eux n’auront pas l’autorisation de la poursuivre dans le territoire de la réserve, vu que leur but, évident, était d’emprisonner le dragon bleu clair qu’elle montait et qui l’avait protégée.
Cinq cent mètres. Deux cent mètres. Cent mètres…
Soudain, l’espace derrière eux fut vide de toute menace. Ils avaient traversé le territoire de la réserve. Ils étaient déjà dans la plaine où était situé le chalet en bois. Le dragon perdit de l’altitude et ses pattes touchèrent lourdement sur le sol. Il trottina sur quelques mètres puis s’arrêta et se baissa. Gladys descendit et s’étira. Elle caressa la joue du dragon et marcha vers le chalet, suivie de près par le dragon. La porte s’ouvrit et le directeur vint à sa rencontre.
-Bonjour monsieur le directeur, salua Gladys en souriant.
-Remarquable entrée, affirma Mr Dagg en hochant le menton. Pour une fille sans expérience.
Il serra sa main.
-Content de voir que tu vas bien. Excuse-moi pour hier.
-C’est pas grave. Ça n’a pas été si terrible, hein, mon grand ? ajouta-t-elle en tapotant le cou du dragon bleu clair.
Celui-ci rugit, sa manière d’exprimer son affirmation.
-Est-ce que c’est souvent comme ça ? questionna Gladys. Aussi,…comment dire…
-Violent ?
-Oui.
-Non. Cela dit, nous n’avons jamais eu à grimper aussi haut. Cela se serait peut-être produit si nous avions du escalader toute la montagne. Viens, tu as besoin d’une douche et de manger.
Gladys regarda le dragon, la main posée sur son cou.
-Il n’aura qu’à attendre dehors.
-Tant que vous n’aurez pas réglé cette affaire et innocenté ce dragon, je ne le quitterai pas.
-Tu as besoin de manger, insista le directeur.
Gladys sortit une pomme du morceau de tissu qu’elle avait attaché à sa ceinture et croqua dedans.
-Bon, céda-t-il, je vois qu’il est inutile d’insister.
Soudain, un claquement d’ailes retentit. Gladys regarda derrière elle, s’attendant à voir un dragon acier et un dragon rouge, mais constata, soulagée, que ce n’était que Flora et Drave. Flora descendit de son dragon et marcha rapidement vers eux, l’air furieux.
-Tu as intérêt à avoir eu une bonne raison pour que j’attaque ces deux dragons, déclara-t-elle en se plantant devant eux, les mains sur les hanches.
Pour toute réponse, Gladys regarda le dragon bleu clair, qui regarda à son tour Flora en ayant l’air le plus doux possible, tentant de rentrer ses crocs.
-Ça ne m’étonne pas que tu te sois liée au dragon de glace le plus hyperactif qui soit, fulmina sa sœur. Vous vous ressemblez beaucoup.
En effet, le dragon avait les mêmes yeux bleu clair et le visage curieux. Même les écailles de sa tête et de son cou ressemblaient vaguement aux longs cheveux noirs de Gladys.
-Bon, maintenant que je suis liée, comme vous dites, pouvez-vous m’expliquer en quoi consiste cette Initiation ?
-Ben, c’est ça, répondit Flora en haussant les épaules. Il faut juste vous enduire d’une substance, je ne sais pas laquelle. C’est une vieille tradition.
-Venez, toutes les deux, dit le directeur en esquissant un pas en arrière.
Gladys se rapprocha du dragon.
-Ne t’inquiète pas, j’ai mis K.O. les deux chevaucheurs, dit Flora en la tirant par le bras. Il n’y a pas de danger. Au fait, il s’appelle Nagli.
Gladys refusait toujours de s’éloigner. Flora insista, la tira plus fort. Nagli retroussa les babines devant la tête de Flora et s’arrangea pour s’interposer entre sa sœur et elle. Drave s’approcha et découvrit les crocs à son tour.
Soudain, une sirène retentit, mettant fin à l’affrontement. Flora jura.
-La police ! Je croyais les avoir mis au tapis.
Elle tira Gladys plus violemment, faisant tomber celle-ci. Nagli poussa Flora, entourant Gladys de sa queue. Drave rugit et se jeta sur Nagli. Les deux dragons s’engagèrent dans un féroce combat. Gladys ne sut dire qui avait le dessus. Flora cria.
-Drave, stop, STOP !
Drave envoya un dernier gros coup de patte sur les babines de Nagli puis retourna près de sa maîtresse.
-Gladys, viens avec nous, et emmène ton dragon si tu veux.
Nagli se secoua un coup puis suivit tranquillement Gladys.
-Tu n’auras qu’à te cacher là en attendant que nous ayons terminé de discuter avec la police, dit Flora avec mauvaise humeur en désignant une grange derrière le chalet, que Gladys n’avait pas remarquée. Nagli devrait arriver à rentrer dedans.
Le dragon bleu n’eut en effet aucun mal à s’introduire dans la grange et se coucha illico sur le sol couvert de paille. Puis Flora prit congé avec Drave, lequel jeta à Nagli un regard méfiant avant de s’en aller.
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