Pourtant il n'y avait personne à par lui et moi. Seules les ombres menaçantes des arbres se rapprochaient, toutes dirigées vers moi, comme si elles me pointaient du doigt. Tout devenait étrange. Ce silence, cette éternelle immobilité... C'était comme si tout s'était figé, comme si plus rien n'existait en dehors de moi. Mon regard se porta vers la balançoire. Il était toujours là, plongé dans le noir, fixant droit devant lui, comme s'il n'était plus qu'un pantin qu'on avait placé là pour qu'il ne bouge plus. Mais ce bruit... je l'avais bien entendu. Il avait résonné à mes oreilles comme un bruit creux, dénué de sens. Comme si quelque chose arrivait. Ça devait être un chien errant qui rôdait dans les parages. Ça ne pouvait être que ça hein ? Ou bien un loup peut-être même. Je ris nerveusement de ma propre bêtise. Un loup... Anthony se serait moqué de moi s'il avait été là. « Des loups ? Ici ?! Rien que ca ! » M’aurait-il dit. « Tu devrais arrêter de regarder des films. Crois-moi !» Et puis il aurait rit. Mais il n'était pas là. Il ne savait même pas que j'étais ici ! Pourquoi je n'avais pas...
Mon cœur bondit dans ma poitrine lorsque je l'entendis à nouveau. Ça n'était plus un bruit succin, ni un bruit lointain. Quoi que ce soit, qui que ce soit, c'était tout proche. Je reculai pas à pas jusqu'à ce que mes pieds butent contre un arbuste. Dans un
vent de panique, je portai mon regard à nouveau sur lui. Il n'avait pas bougé, bien qu'il me semblât que sa capuche soit légèrement tournée vers moi maintenant, comme s'il tendait l'oreille lui aussi. Je détournai la tête de la balançoire pour observer les arbustes devant moi, parcourant chaque brindille des yeux. Un vent froid se levait, il tourbillonnait autour de moi dans de brusques rafales. Je le sentais s'abattre contre mes bras et mes joues, en même temps que les arbres se pliaient sous sa force. J'aurais du entendre les vagues s'écraser contre les rochers, elles auraient du s'agiter elles-aussi. Mais tout était calme. Trop calme. Je sursautai lorsqu'une silhouette se détacha de la pénombre. Elle était grande, ça n'avait rien d'un animal. C'était quelqu'un. Elle s'insinuait entre les arbustes, en un mouvement presque dansant, se rapprochant de moi. Mon cœur tambourinait dans ma poitrine, contre mes tempes, au fur et à mesure que la peur s'emparait de moi tout entière, au fur et à mesure que je tentais lamentablement de comprendre comment j'étais arrivé ici, pourquoi je l'avais suivi, qui il était LUI. Lui avais-je seulement posé la question ? Est-ce qu'il savait qui j'étais moi ? Et qui était cette personne hein ? Pourquoi elle s'approchait de moi ? Pourquoi elle ne disait rien ?!
J'étais plongée dans le noir