Présentation du livre

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Riama, est heureuse, elle vient d’avoir son bac et une nouvelle vie s’ouvre à elle. Sur le chemin qui la mène à son lycée, elle sait qu’une étape à été franchie, elle se voit déjà étudiante à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Babacar l’a appelé vers 14 H pour lui dire qu’elle a réussi au premier tour, n’empêche elle se dirige vers le lycée Abdoulaye Sadji parce qu’elle veut voir de ses propres yeux son nom sur la liste des admis : Mariama Diop. Teunguedj, comme elle à l’habitude d’appeler sa ville adorée, sa ville natale, même si ses cousines de Dakar se moquaient de l’état d’insalubrité de sa ville ça ne la gênait pas le moindre du monde. Rufisque fait partie de ses plus grandes richesses, elle connait la ville comme sa poche.

Aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres, elle se sent pousser des ailes et elle est très fière de ses résultats scolaires, d’après ce que lui a dit Babacar elle était la cinquième sur la liste de son jury. Toutes ces années d’études viennent de payer, quelle bonheur pour elle. En y réfléchissant de plus prés elle a toujours réussi et eu de bonnes notes sans se fatiguer, c’était une sorte d’aisance à comprendre en classe. Depuis la maternelle elle a toujours été parmi les cinq premiers de sa classe : du ruban rouge, au tableau d’honneur et félicitations des professeurs. Au fond d’elle, elle savait que si elle se donnait plus dans ses études, elle aurait de meilleurs résultats, mais elle faisait tout juste le nécessaire et pas plus et ça lui a toujours réussi.

Elle se dit qu’il était temps qu’elle arrête de rêvasser, c’est la deuxième fois qu’un conducteur de calèche klaxonne pour lui demander de se mettre sur le trottoir. De toute façon le lycée n’est pas trop loin elle était presque arrivée. Elle savait que sa meilleure amie Yacine Ndiaye avait réussi parce que Babacar lui avait dit au téléphone, mais qu’en est –il des autres ? Deux minutes après cette pensée pour ses camarades de classes, elle aperçut Binta Gueye qui venait de déboucher de la ruelle faisant angle à la mairie. Elle était en pleur, accompagnée de deux élèves. Riama sentit ses jambes la lâcher devant l’évidence pour cette fille qu’elle a connue cette année mais avec qui elle a passé de bons moments. Binta est une fille pleine de vie, ouverte et drôle, Riama l’aimait beaucoup et appréciait sa compagnie. Elle qui était habitué aux humeurs instables de Yacine, qui est une fille trop sérieuse.
Il lui fallut plus de dix secondes pour savoir qu’elle devait réagir à la souffrance et désespoir de son amie. Elle s’élança vers elle, la serra dans ses bras pour la calmer, l’apaiser, mais les mots n’arrivaient pas à sortir. Pendant plus de trois mois Binta a été sa compagne de révision. Elle l’a amené dans toutes les salles d’écoles primaires disponibles le soir pour les révisions. C’est elle qui l’a présenté à Babacar, élève en terminal S, qui les a beaucoup aidées dans leurs révisions des mathématiques, la bête noire des littéraires.


Riama se disait qu’il fallait qu’elle dise quelque chose pour calmer Binta, mais à la place des paroles des larmes coulèrent sur ses joues. Et là elle comprit que l’histoire du bac n’était pas si facile qu’elle le pensait et en prenant à droite sur la ruelle qui mène vers le lycée, il va falloir qu’elle gère ses émotions. Avec Binta elle n’a pas pu la consoler jusqu’à ce que celle-ci s’échappe de ses bras pour continuer sa route en pleurant. C’est la dernière image qu’elle aura d’elle pendant cette période, parce que les dés étaient jetés, les chemins tracés et chacune prendrait sa route avec son lot de bonheur et de malheur. A cet instant elle ne pouvait pas s’imaginer une seule seconde qu’elle la reverrait 10 ans plus tard comme infirmière dans une clinique, lors de l’opération de sa maman. Binta passerait des heures à la rassurer pour qu’elle ait le courage de supporter les supplices de l’attente d’heures interminables.

Riama continua sa route, arrivée devant le lycée elle y trouva Yacine. Comme tout bon peul cette fille était divinement belle. Fidèle à elle-même, elle ne faisait apparaitre aucune émotion sur son beau visage. Elles se connaissaient depuis la maternelle, elles se sont retrouvées dans les mêmes classes, c’est ainsi qu’elles sont devenues inséparables et complices malgré leurs différences de caractères. Riama était extravertie, naïve, elle avait gardé son insouciance d’enfant. Elle était la benjamine d’une famille de cinq enfants et était chouchoutée par sa famille. Elle n’a jamais manqué de rien parce que son père avait sa propre affaire qui était très prospère. Elle a eu une enfance heureuse, pleine de beaux souvenirs. Heureusement que son père a toujours veillé à ce qu’elle reçoive une éducation à l’ancienne avec beaucoup de respect pour les ainés et la pratique de la religion.

Riama avait hérité de la joie de vivre de son père et de la douceur et noblesse de cœur de sa mère que tout le monde appelé Yaye (maman), que ça soit ses enfants, son mari, ses amies, et même les vieilles personnes. Cette femme a toujours dégagé un charisme extraordinaire. Sous ses airs calmes, tranquille, elle en a intimidé plus d’un. Sous son apparence de dame de fer, ses yeux et son sourire au coin des lèvres dégageaient beaucoup d’amour. Yaye était une femme forte, pleine de bon sens, elle avait toujours de bons conseils. Riama se rappelle que de nombreuses personnes venaient la voir pour bénéficier de sa sagesse. Riama n’a jamais vu, ni entendu sa maman se disputer ou élever la voix. Elle a toujours inspiré le respect et était aimée tout le monde. Le plus grand rêve de Riama était de ressembler à cette femme qui est son plus grand modèle.

Riama trouvait Yacine dure par moment, mais quand elle était au collège, elle apprit en même temps qu’une classe entière, les raisons qui faisaient que son amie s’était renfermée en elle-même. Le professeur de français madame Lô, après lui avoir demandé son accord a lu à haute voix la copie de celle qui avait la meilleure note de dissertation. Elle avait demandé à ses élèves de relater les moments forts de leur vie. La classe était silencieuse et tout le monde voulait connaitre le contenu de ce récit qui avait séduit le professeur. D’une voix qui porte, elle lu les premières lignes, les élèves buvaient chacune de ses paroles. Riama tout en écoutant observait son amie qui avait la tête baissée mais qui paraissait soulagée de partager pour la première fois de sa vie, sans retenue. Le récit parlait de sa mère qu’elle n’a jamais connue étant enfant. Elle l’a rencontré à l’âge de 13 ans avec la complicité de son grand père.
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Nicolas SORANZO