Présentation du livre

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Elle s’appelle Chaïma, je ne sais rien d’elle. Elle a deux ou trois ans, on ne veut pas que j’en sache plus. Il ne faudrait pas s’attacher.
Elle est arrivée il y a quelques jours, on me l’a confiée le temps qu’elle se fasse opérer et qu’elle se rétablisse, si elle se rétablit.
Je ne sais pas d’où elle vient, je ne connais pas sa famille, son pays, je n’ai même pas compris sa maladie. Mais si on ne l’opère pas très vite, elle ne survivra pas. Ses parents, l’association qui s’est occupé de son arrivée ici, l’équipe de médecins et moi-même, nous souhaitons tous la réussite de cette opération. Nous voulons qu’elle vive longtemps et en pleine forme, nous voulons lui donner une chance.
Tout ce que je sais de sa maladie, c’est qu’elle a une chance sur deux de survivre à l’opération.
Elle est là depuis quelques jours, avec moi. Je m’occupe d’elle comme de mon propre enfant.
Je n’ai pas d’enfant, et je ne souhaite pas en avoir. Enfin… peut-être que j’en adopterai. Il y a tellement d’enfant partout dans le monde qui n’ont pas de parent, qui ont bien peu de chance d’avoir un bon avenir. Pourquoi ne pas leur donner une chance à eux puisqu’ils sont là, qu’ils existent.
En quelques jours, pas un pleur, mais pas un rire non plus, ni même un sourire. Pas une main qui se tend, pas de mouvement de recul. Un regard neutre, qui n’a pas peur, mais qui n’espère pas non plus.
Chaïma est là. Elle ne sait pas pourquoi, ni pour combien de temps. Elle ne sait pas ce qu’elle risque, ni ce qu’elle a à y gagner.
L’infirmière vient de l’emmener derrière cette porte blanche. Je l’ai serrée fort dans mes bras, je lui ai dit d’être courageuse, que je serai toujours avec elle quoi qu’il arrive et qu’elle s’en sortira. Elle m’a regardée de ses grands yeux noirs. Je n’ai pas pu retenir mes larmes. Comment peut-elle être si forte et moi si faible ? Elle ne comprend pas. Comment a-t-elle interprété mes paroles, elle qui ne parle pas ma langue.
Si elle ne survivait pas, que dirai-je à ses parents que je ne connais pas ? Aurai-je à les rencontrer, ou bien vivrai-je avec cette déchirure au fond de moi de n’avoir pas su prendre soin d’un enfant que des gens, quelque part dans le monde, désespérés et ayant recours à un ultime moyen de sauver leur fille, m’ont confié.
Mais elle survivra. Il faut qu’elle survive. Elle a tant de choses à vivre.
Chaïma. Petit ange venu d’ailleurs. Seras-tu un jour danseuse. Feras-tu un jour des études. Deviendras-tu avocate.
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Nicolas SORANZO