En sortant de sa voiture, Patrick VARNIER reçut en plein visage la bise de ce mois de
janvier qui lui adressa une giclée de neige glacée. Alors qu’un flocon s’écrasait en plein
dans son oeil droit, il jura entre ses dents „m....“. Noël était déjà à quelques encablures, et
alors que l’hiver avait été relativement doux jusqu’ici, il semblait bien que Saint-Pierre
eût attendu la nouvelle année pour se rappeler au bon souvenir des terriens. Il neigeait
sans discontinuer depuis trois jours et la couche blanche recouvrant le sol commençait à
prendre des proportions inquiétantes. Grâce aux efforts de l’Equipement, les axes princi-
paux étaient dégagés, n’empêche qu’il s’agissait d’être attentif au volant, quelque insidieu-
se plaque de neige verglacée pouvant vous envoyer dans le bas-côté en deux temps, trois
mouvements. Pas marrant, quand on exerçait la profession de Patrick et qu’on était censé
se déplacer souvent.
Patrick VARNIER était journaliste de son état. Oh, un petit journaliste local, pas un de ces
chasseurs de scoops intrépides, comme on en dépeignait dans les films ou les romans. Son
rayon d’action n’était pas la planète entière, mais cette région de Saint-Louis dans le Haut-
Rhin où la rédaction de son journal avait ouvert une agence locale.
Cette dernière n’avait
rien de la ruche bourdonnante que l’on voit parfois dans les films. En tout et pour tout, ils
n’étaient que quatre à couvrir les petits et grands événements de cette région frontalière où
le service commandait de temps à autre un petit saut en Helvétie ou en Allemagne. Outre
lui-même, Patrick, il y avait le rédacteur en chef, André GANSARD, un homme d’une
cinquantaine d’années, dont la récente promotion à la tête de la locale de Saint-Louis, avait
dynamisé les pages du journal placées sous sa responsabilité. L’homme avait des idées
novatrices, était particulièrement fou de sport. Et surtout, il avait le bon sens d’accorder
autant d’importance aux noces d’or d’un couple ou à l’anniversaire d’une personne âgée,
qu’aux projets d’un député ou d’un sénateur. Carole et Stéphanie, engagées à temps partiel,
se partageaient un poste à elles deux. La première nommée travaillait les matins, la seconde
était présente tous les après-midis.
Arrivé sur le perron de sa maison, Patrick frappa des deux pieds sur les dalles de grès, façon
de détacher la neige qui adhérait à ses chaussures. La bise avait accumulé un petit tas de
poudreuse juste au bas de la porte d’entrée, et il semblait clair qu’une fois ouvert, l’huis
laisserait déferler la neige sur le carrelage fauve du hall. Saloperie ! Il lui faudra manier la
serpillière.