POLÉMIQUE DU MASQUE OU
"le mousquetaire qui n'avait pas besoin des deux autres"
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Tapis dans les coulisses, J'attendais. Les mains tremblantes, le cœur en émoi, l'âme fiévreuse, j'attendais. Toutes les représentations se ressemblaient, et pourtant aucune n'était pareille : à chacune sa saveur, à chacune sa couleur. Aujourd'hui, la scène obscure prenait des teintes pivoine, cramoisi. Des teintes d'outre-tombe. Je ne pouvais m'empêcher de songer que lorsque ce serait mon tour, les gestes, les déplacements, les répliques m'apparaîtraient d'une même exactitude, mais qu'outre ce fait, chaque nouvelle prestation était une renaissance.
Je jetai prestement un regard circulaire à la salle, évitant de me faire remarquer. Bondée. Nous jouions toujours à guichet fermé et ce, depuis nos premières représentations. Le brouhaha me confirma que la soirée du lendemain ne serait pas différente : « Much adoe about nothing» était jouée dans tout les théâtres de Paris depuis des mois, et j'étais la tête d'affiche de l'un des plus éminent d'entre eux.
Fourré dans mon costume de prince, je m'adonnai à une contemplation minutieuse de la salle, m'attardant plus sur son architecture baroque que sur les fébriles spectateurs qui l'occupaient. J'éprouvais un profond mépris pour ces têtes anonymes, ces bourgeois sans noms. À dire vrai, je ne pouvais déterminer si ma répulsion n'était destinée qu'à eux, ou alors s'étendait à l'ensemble de la race humaine. J'étais vaniteux, imbu de ma personne, mais ces défauts étaient en partie éclipsés par le seul fait que je me les avouais. Et c'était là chose à laquelle peu pouvaient prétendre parmi cette assemblée.