Présentation du livre

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« C'est la contemplation silencieuse des atlas, à plat ventre sur le tapis, entre dix et treize ans, qui donne ainsi l'envie de tout planter là. Songez à des régions comme le Banat, la Caspienne, le Cachemire, aux musiques qui y résonnent, aux regards qu'on y croise, aux idées qui vous y attendent... Lorsque le désir résiste aux premières atteintes du bon sens, on lui cherche des raisons. Et on en trouve qui ne valent rien. La vérité, c'est qu'on ne sait comment nommer ce qui vous pousse. Quelque chose en vous grandit et détache les amarres, jusqu'au jour où, pas trop sûr de soi, on s'en va pour de bon. Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait. » Nicolas Bouvier (« L'usage du monde »)

Mars 2008. Des années que ça me démange. Trop longtemps que je suis dans la réserve. Besoin d’oxygène. Il est temps de se barrer. « I shall be gone and live, or stay and die », écrivait Shakespeare. Partir ou pourrir.

Je m'étais longtemps abrité derrière la promesse faite de rester fidèle à mon poste jusqu'à l'issue du 1er mandat de mon employeur. Alors au lendemain de sa réélection, je l'ai invité à déjeuner. Au dessert, après avoir longuement débattu des objectifs et modalités de ce nouveau sextennat (et longuement savouré un Haut-Brion 1998), il me demande : « Et vous ? » « Ben moi, je repars aussi, mais ... » « Mais quoi ?
Un voyage ? Encore ! En Afrique ? Encore ! 6 mois ?! ... ». A'y'est, ça c'est fait, j'ai mon bon de sortie. Je sais qu’il ne peut pas comprendre le sens de ce que je fais. Je me doutais qu’il ne pouvait honnêtement pas me le refuser, mais j’appréhendais qu’il l’interprète comme une infidélité.
Comme me le dira la femme du barman d'en face de mon ancien appart', celle qui me fera la cuisine quand j'aurai déménagé la mienne, c'est parti pour "une année sympathique" en Afrique. S'ensuit une période pas évidente, au cours de laquelle on lâche progressivement tout ce sur quoi on peut compter pour essayer – en vain – de se préparer à l'inconnu. C'est le meilleur moment du voyage selon Xavi, celui où on prépare, on planifie, on rêve, on fantasme. Moi, j'ai rien fait de tout ça. Mes objectifs avant de partir étaient aussi matériels que modestes : réussir à lâcher le boulot; trouver un bon sac à dos, une moustiquaire et une bonne paire de pompes; prendre le temps pour faire des petites choses auxquelles je pense depuis des années; passer du temps en famille et avec les amis; lire "Léon l'africain" ... Que des choses que je n'ai finalement commencées qu'en octobre, 3 semaines avant le grand départ, une fois libéré du travail.

« Partir, c'est crever un pneu » disait Coluche. Dur et facile à la fois.
Dur :
- de franchir le pas
- de mettre sa vie en cartons
- de répondre à la question : "et où tu vas ?"
- de
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