Présentation du livre

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_________________Un amour de Stéphane_______



Bonjour Cosie.

Je sais, tu dois être surprise de voir ce salut de moi. Toi qui pensais que je ne valais plus rien, que ma vie sociale était finie. C’est grâce à Sébastien que je suis ici, enfin que je suis devant cette feuille blanche que je m’efforce de remplir. Quand j’aurais fini, je mettrais ce que j’aurais écrit sur le site où tu viens déposer tes petits trucs à toi. Je les ai lu, tu sais. Ca me fait encore mal quand tu parles de moi, surtout quand tu sembles te foutre de ma gueule. Mais après, tu dis que je te fais de la peine et ça, ça me réconforte parce que je me dis que tu m’aimes toujours un peu. Quand on a aimé une fois, il en reste toujours un peu quelque chose.

Ce n’est pas facile pour moi d’aligner des mots et pour qu’ils prennent un sens, avec les médocs que je prends. Parfois, j’ai du mal à suivre le fil de mes idées. Tu te souviens quand on était ensemble, comme on était bien au début. La vie c’est con, la vie et la maladie. Dès fois je pense à toi… souvent… toujours. Mais c’est fini pour moi tout ça, l’amour et les jolies histoires. Pour moi, manger, boire, pissé et chier, c’est là la réalité de la vie, le reste est accessoire, donner la vie, tuer, rigoler… Rigoler, à présent, quand je ris, c’est toujours hors de propos. Je sens bien alors le regard des autres, ils ne comprennent pas. Ils n’entendent pas la petite voix qui me dit des conneries sur eux et qui m’entraîne dans son ricanement. Je me retiens sinon j’exploserai. Les autres, ils me regardent quand mes yeux sont ailleurs et quand je tourne mon visage vers eux, ils se remettent à parler… entre eux, gênés. Les autres, je leur fais peur. Ca fout la trouille la folie, d’ailleurs toi-même ne t’es-tu pas enfuie une fois ? La fois où tu es venu chez moi avec quelqu’un. Je n’ai jamais su qui, mais je vous entendais parler de là où j’étais. Je vois ta tête quand tu as ouvert la porte des toilettes, j’ai lu ta peur sur ta bouche ouverte.

Quand j’étais petit, je n’étais pas comme ça. Je veux dire, y avait personne qui habitait avec moi, enfin je crois. Mais des fois quand j’entendais mon père gueuler après ma mère et elle crier, j’avais si peur que j’aurais bien aimé qu’il y ait quelqu’un. Des fois, c’est après moi qu’il en avait, le vieux salop, quand il rentrait bourré, ou après un de mes frères ou ma petite sœur, mais ça c’était rare car elle était encore presque un bébé. C’est lui qui m’a fêlé la tête à force de me taper. Chez mes copains, ce n’était pas comme ça mais, moi, je ne savais pas, je pensais que c’était pareil pour tout le monde. Que eux aussi, chaque soir quand l’heure de rentrer de leur père venait, qu’ils se mettaient à trembler comme moi, comme nous. Non, eux, ils avaient droit à des bisous et à des mots gentils. Nous on avait un diable à la maison. Un qui savait tout, qu’avait toujours raison, qui disait que tous les autres c’est des cons, qu’avait toujours un truc à nous reprocher. Le pire, tu sais, c’est la honte qu’on ressentait après qu’on ait souhaité qu’il s’en prenne à quelqu’un d’autre. On faisait profil bas, on rentrait la tête dans les épaules, si on l’avait pu, on serait rentré sous terre, on aurait rampé, parce qu’on était que de tout petits enfants. Et tout à coup, patatras, ça partait ! Une baffe à droite, une baffe à gauche ; ça chiale, ça crie, ça fait « non papa, non !».
Papa, pourquoi je n’en ai pas eu un qui soit affectueux, même pas, un qui nous foute la paix. Des fois, vlan, c’était pour la mère. Tiens ramasse, « salope ! ». Merde… c’est du Zola ou quoi ?

Une nuit, toc, toc. Ca toque derrière le mur. Je suis dans mon lit. Je n’ai pas peur, j’entends mon père ronflé dans la chambre d’à côté, c’est quand il est éveillé qu’il faut frissonner. Toc, toc, ça fait encore. « Qui c’est ? » je dis. Et une tout petite voix de murmurer mon prénom derrière le mur. Mais derrière le mur, c’est dehors ! Et on habite au sixième étage… de là, j’ai su que je ne serais plus jamais seul, qu’il y aurait tout le temps quelqu’un pour m’écouter. Je ne savais pas que plus tard, il viendrait avec des amis. Je ne savais pas qu’une porte que j’ai longtemps tenu fermée allait s’ouvrir d’un coup sur l’immonde merveilleux qui allait m’envahir et dans lequel j’allais sombrer.

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