Page blanche
Comment suis-je arrivée ici ? Pourquoi ? Pourquoi est-ce que je me retrouve sur ce pont, du mauvais côté de la barrière. Je n’arrive plus à me concentrer sur ma vraie motivation. Il faut dire que j’avais négligé un détail, de taille.., j’ai le vertige !
Pourtant, lorsque j’avais échafaudé ce plan, cela semblait être une très bonne idée. Je l’ai imaginé il y a environ un mois, alors que l’angoisse de la page blanche a commencé à m’envahir.
Oh! pardonnez-moi, tout d’abord, la bienséance voudrait que je me présente. Je m’appelle Joane Angeois, et si vous aimez la lecture, peut-être alors avez-vous lu un de mes romans. Je suis auteur de quatre livres à succès, ce qui m’a permis une vie plus que confortable. J’ai gardé la maison que j’ai héritée de ma mère, décédée il y a bientôt quinze ans. Elle se trouve dans la campagne Suisse et je fais la navette avec mon appartement parisien, acheté grâce au pécule que m’ont rapporté mes récits. Ce dernier n’a évidemment pas le charme de la verdure helvétique, mais il a l’avantage de se trouver proche de mon éditeur. Voilà maintenant un an que mon précédent roman a paru, rencontrant un franc succès. Depuis, j’étais dans une sorte de désert intellectuel, un vide sidéral que j’étais incapable de sonder. Au début, cela ne m’a pas inquiétée, après tout, j’avais été plutôt productive ces dernières années, mon cerveau avait simplement besoin de souffler.
Après plusieurs mois de diète littéraire,
l’angoisse, sournoise, a commencé à m’envahir. Depuis quelques jours, elle était à son comble, et me torturait littéralement. Les séjours dans mon havre de paix, les encouragements de mes proches ne parvenaient pas à calmer mes tourments. Même les longues ballades dans la forêt ne m’inspiraient plus. D’habitude, l’odeur de la mousse humide et l’ombre agréable des feuillages me soufflent les idées que j’utilise dans mes écrits. Un jour, alors que j’avais ôté mes chaussures et plongés mes pieds dans l’eau claire et fraîche du ruisseau, deux chapitres et un personnage avaient soudain pris vie dans mon esprit.
Voilà donc que même ma plus grande source d’inspiration ne m’apportait plus rien. Avais-je épuisé toutes mes capacités ? Etais-je encore capable de créer quelque chose ? Je me suis mise à en douter, jusqu’à en être persuadée. Sauf que sans l’écriture, je n’étais rien. Pour moi, être et écrire ne formaient qu’un seul mot, et donc, je ne pouvais vivre sans écrire.
Un matin, en me levant, cette idée de génie a donc illuminé mon esprit torturé. J’allais commettre un acte stupide. Bien sûr, je ne voulais mettre personne en danger, donc, cela ne devait concerner que moi et moi seule.
Jamais je n’avais eu de tendance suicidaire durant ma vie, pourtant cette solution m’avait paru si évidente. Si mon idée fonctionnait, je tenais mon prochain best seller, si ça ratait… et bien, on parlerait de moi dans les journaux. Dans la rubrique des chiens écrasés au lieu de la rubrique littéraire, certes,