Elles étaient deux. Deux jeunes filles. Deux jeunes amies. Elles vivaient le long d’un grand boulevard. Un boulevard bordé de villas. A l’angle du boulevard, une école. Et plus loin, un peu, un lycée. Elles y avaient fait toute leur scolarité, sans jamais s’être quitté après s’être rencontrées. Rencontrées. Elles ne se rappelaient plus vraiment comment, par hasard. Elles son devenues amies par inadvertance. Sans s’en rendre compte. Ca c’est passé comme ca. Qu’ajouter à cela ? Pendant des années à vivre chacune d’un coté de la rue. Puis s’attendre pour débagouler des sottises sur le chemin de l’école le matin. Puis s’attendre le soir à la sortie, reprendre le calembour là où elles l’avaient laissé. Et puis ne plus se quitter. Oui. Ça a du commencer à peu près comme ceci. Ce qui importe, c’est qu’une dizaine d’années plus tard, par inadvertance encore, elles ouvrent leurs volets face à face, la vue sur un boulevard semblable à celui de leur enfance.
Elles étaient deux. Deux jeunes filles. Deux jeunes amies. Deux très jolies jeunes filles. Et amies, si amies, que l’on se cognerait fâcheusement si l’on cherchait à intervenir dans l’amour qu’elles se portent l’une à l’autre. Elles ont toujours été jolies. A l’école, beaucoup de garçons attendaient dans leurs rêveries leur tour. Et avec impatience. Oh, elles en ont vu défiler des jeunes hommes dans leur jeunesse, pas mal. Mais ils leur paraissaient bêtes et absents de toute romance. Sans intérêt aucun. A chaque nouvel amoureux, l’une l’autre aspirait à enfin avoir dégoter le bon, celui digne d’être aimé. Mais à chaque fois, l’action se répétait. Aucun ne leur offrait ce à quoi elles aspiraient. Dans leur bulle à toutes les deux, celle qui se forme dès la rencontre de leur deux corps, l’espoir de l’amour véritable fait irruption de leurs pensées à leurs paroles. Elles parlent toute deux du même demi-dieu qui les attend quelque part. Un apollon portant des yeux d’un bleu on ne peu plus bleu qui ne verraient qu’elles. Une chevelure dorée comme les blés sous laquelle une intelligence leur ferrait émettre une faussette dans le coin de la joue à chaque parole émise.