Le livre de l’amour
Recueil de nouvelles sur l’amour
Quand je regarde en arrière, dans mon passé, je me rends compte que ma tête et mon cœur ne forment qu’un afin de rassembler mes souvenirs. A l’aide de diverses écritures, inspirées des personnes que j’ai aimées dans ma vie, se suivant plus ou moins, comme des chapitres, je compte vous faire part de mes souvenirs amoureux, afin de vous montrer que l’ensemble forme « Le livre de l’amour ».
Première partie
L’impossible pardon
L’amour platonique est tout aussi dévastateur qu’un amour vécu. Est-ce que la femme que j’ai aimée m’a fait souffrir uniquement parce que je suis du même sexe qu’elle, ou bien l’a-t-elle fait car elle s’est sentie atteinte et gênée par mon amour ? C’était une de mes professeurs, durant trois ans. Elle est plus âgée que moi. Cela a dû y faire également.
Tout commence en mars 2006, ou presque. Je vois mon amour futur seulement une heure dans toute une journée de mars. Je ressens l’amour mais je ne m’en rends pas compte. Je sais seulement que lorsqu’elle parle de sa matière, elle en parle avec passion et enthousiasme. Cela me charme et me convaincra d’adopter sa matière, à la rentrée de septembre 2006.
Arrive donc la rentrée de septembre 2006, elle se retrouve ma professeur principale pour l’année. Je sais dès le départ que dans sa matière elle est la seule de l’établissement à l’enseigner, et que je pars donc pour au moins 3 ans avec elle. Tout va vite, nous commençons à parler quelques minutes en fin de cours de temps à autre, c’est agréable. Mais trop vite je me rends compte de ce que je ressens. J’ai déjà aimé plusieurs fois, à ce moment-là, pas de femmes néanmoins, mais les symptômes sont toujours les mêmes en amour : vous vous sentez rougir au côté de la personne aimée, vous peinez à respirer, votre estomac est noué d’angoisses, vous avez chaud, vous cherchez à vous dépasser et à vous démarquer aux yeux de la personne aimée, moi cela passait par être la meilleure élève de la classe durant 3 ans. Que de délicieuses sensations ! En décembre 2006 je lui offre un porte-clés avec l’inscription « meilleure prof » ; nous nous disputons également par la suite, je lui fais un mot dans les heures qui suivent afin de m’excuser, en cette veille de vacances de Noël. En avril 2007 ensuite je fais une confidence à ma professeur de l’ordre du privé, qui fait mal. Elle est alors là à me consoler du mieux qu’elle le peut, me tenant la main, tandis que je pleure. Je suis déjà sur une mauvaise pente avec elle. Pire encore, en juin, 2007, je lui écris une lettre où sont lisibles entre les lignes mes sentiments. Je ne sais pas pourquoi mais sur le moment je ne réalisai pas la gravité de cet acte.
Mais à présent il est bien trop tard pour regretter. Malheureusement mon amour pour elle a déjà été, à ses yeux, confirmé. Le doute et la gêne doivent la gagner, et ce dès la rentrée de septembre 2007, comme me le confiera une professeur en mars 2008. Je lui écris un poème et le lui donne en mars 2008 justement. C’est là qu’elle se confiera à ma professeur principale, qui elle-même me parlera du mal-être de ma professeur. Or ce que je ne comprends pas très bien c’est que la première intéressée ne peut pas en parler, comme si elle craignait quelque chose, alors qu’elle aurait dû me dire d’arrêter de m’imaginer des choses, d’arrêter de l’aimer. Elle avait le pouvoir, l’autorité, le droit et le devoir de me dire tout cela, à cause d’une hiérarchie établie entre nous par nos statuts, à cause de l’âge, enfin à cause de la sexualité. C’est à se demander si elle n’a jamais senti un regard aimant sur elle, tant elle craint toutes ces choses, et s’enferme dans le mutisme. Tout professeur a un jour senti un regard aimant d’un élève sur lui, que l’élève soit du même sexe ou non que le professeur, on doit faire face à cette situation et y mettre fin, ce que n’a pas fait ma professeur. Est-elle homophobe, craint-elle mon homosexualité ? A-t-elle peur de moi pour cela ? Ou alors elle s’accroche tant bien que mal à des valeurs morales que prône notre société, à savoir l’hétérosexualité, qui écrase la minorité, l’homosexualité, et cela est rassurant pour elle…
Quoi qu’il en soit, un autre conflit arrive dans l’année scolaire 2007/2008, ainsi qu’un autre dans l’année 2008/2009, tous deux augmentant chaque fois en gravité. En 3 ans nous nous sommes affrontées 3 fois, et plutôt durement. Durant l’année 2008/2009 je n’ai fait que payer le prix, ma redevance envers elle, à cause de la gêne, du mal-être que j’ai provoqués en elle.
Elle m’a notamment menacée de porter plainte contre moi pour harcèlement. Elle ne l’a pas fait et je lui en suis reconnaissante.
Elle a fait mon coming-out, c’est-à-dire a annoncé mon homosexualité à mes parents, à la suite du conflit et de la menace citée précédemment. Cela fut véritablement injuste.
Quoiqu’elle ressentit à cette époque-là pour moi, elle n’avait surtout pas à faire ça, elle a éteint la flamme de l’amour pour allumer celles de la guerre et de la haine. Elle m’a privé d’un moment avec mes parents, c’est comme si elle avait dérobé mon cœur, brûlé pour l’ouvrir, afin de faire cette déclaration à mes parents. Je me sentais véritablement trahie, moi qui avais éperdument confiance en elle depuis 3 ans. L’amour que j’avais pour elle était immense, depuis ce temps, tout comme ma haine le fut sur le moment, immense, et aussi vaste que le désert du Sahara.
J’ai ensuite essayé de comprendre pourquoi elle m’a méprisé. Je n’avais aucunement le droit de lui parler, nous étions en décembre, après 2 mois de suspension de ses cours après l’incident, et ce fut ainsi jusqu’en juin 2009, ce mépris envers moi. Elle avait toujours un ton très sec envers moi, me parlait d’une façon hautaine quand moi je bredouillais tel un bébé apprenant à parler. D’accord c’était ma professeur, d’accord je l’aimais, mais j’estimais avoir payé ma dette d’une certaine façon comme l’administration ainsi que ma professeur l’ont jugé nécessaire. Alors pourquoi me faisait-elle encore souffrir, avec tout ce qu’elle avait déjà fait, la menace, le coming-out à mes parents, les sanctions ? Peut-être était-elle rancunière et n’avait-elle rien digéré ? Mais cela faisait des années que notre relation prof/élève était tendue voire pourrie à cause de moi, alors pourquoi en était-on là ?
Sans doute lui avais-je fait trop de mal au fil des années, et ce sans m’en rendre compte. Je sais maintenant que je me comportais en gamine toutes ces années avec elle, mais j’en étais une et je commençais à mûrir avec elle et à mon lycée dans le même temps. Moi-même je tentais déjà de me débrouiller avec mon homosexualité, qu’elle m’avait fait éclater en pleine figure lorsque je l’avais vue. Je ne pouvais gérer et mon homosexualité et mon amour pour elle à la fois, c’était trop à encaisser en une seule fois. C’est pourquoi j’ai été si immature malheureusement, et aussi ce qui fait, sans doute, sa rancœur, qu’à mon avis elle va porter en elle longtemps. Elle semblait véritablement meurtrie et autre. Depuis que je l’ai rencontrée je peine de plus en plus à la reconnaître, je doute que ce soit la même personne.
Et pourtant, après tout ceci, je l’ai revue, quelques mois après, et j’ai eu comme un choc de la revoir. Pourquoi ? Eh bien, jamais je n’aurais pensé retrouver exactement la même attirance envers elle que celle que j’avais ressentie la première fois où je l’avais vue. Je ne pouvais m’empêcher de la dévorer des yeux en me disant qu’elle était toujours aussi belle, toujours la même, en gros. Cependant, quand nous parlions, nous gardions une bonne distance entre nous, de rigueur après tous nos conflits, toute cette relation si bizarre et tendue à la fois. Il y avait comme un malaise des deux côtés, qui s’est toutefois estompé sitôt que j’ai dit ma nouvelle orientation scolaire. Au départ je voulais enseigner la même matière qu’elle, ce qui engendra toujours nos conflits, je pense, car cela prouvait que je m’identifiais à elle, et donc que je l’aimais. Enfin bon, j’annonçais ma nouvelle orientation scolaire, et cela a détendu l’atmosphère, et nous a fait sourire et parler d’un ton plus léger, et de choses plus légères. C’est seulement après l’avoir revue à présent qu’elle me pardonne, on dirait. Quant à moi, je ne sais plus quoi penser. L’aimerai-je donc encore longtemps ? En tout cas, je ne l’oublierai jamais, j’ai trop de souvenirs avec elle, bons ou mauvais d’ailleurs, pour cela, et puis c’est une personne que j’ai aimée d’un amour fou, alors je ne pourrai sans doute jamais l’oublier.
C’est pour cela que j’ai écrit ce texte ; pour me rappeler tout ce qui s’était passé, pour ne pas l’oublier, elle, pour ne pas oublier cette partie de ma vie qui dura 3 ans.
Peut-être ai-je aussi écrit ce texte court, dans l’espoir fou d’être un jour publiée, lue, et surtout par elle, afin qu’elle me pardonne, en connaissance de cause, car je ne saurai jamais si elle le fera ou non, m ais avec ce texte j’ai bon espoir…Même si je n’écris pas un chef d’œuvre, je sais que j’écris avec le cœur, alors merci de m’avoir lue.
Seconde partie
Dernière entrevue avec la psychiatre sur mes sentiments indésirables
Pourquoi ça revient ? Et contre ma volonté en plus ! Mais c’est bien là le problème, c’est que je ne peux pas m’en empêcher. Cette boule d’amour, je la croyais bien enfouie au fond de moi, mais non. Il a suffi de revoir sa cause, c’est-à-dire un être humain, peu importe son sexe, que je définis ici comme neutre, asexué pour ne pas gêner cet individu, pour que tout recommence. Cela fait pourtant longtemps que je ne l’ai vu. Et je ne peux m’empêcher de le dévorer des yeux, celui qui est, dans mes rêves bleus, mon amoureux. Mais comme on dit, « le cœur a ses raisons que la raison ignore ». Et ma pathologie à moi, dirait-on, c’est de tomber amoureuse des gens qu’il ne faut pas. Est-ce grave, docteur, si mon cœur ne m’obéit pas ? Mais je crois qu’il ne m’obéira jamais, c’est comme ça, d’aussi loin que je me souvienne. Je ne fais que subir les assauts de mon cœur, dans la douleur, car on ne peut tout de même pas empêcher un cœur d’aimer. Je suis certes folle d’amour, mais point folle tout court. Mes yeux sont prêts à pleurer, mon corps tout entier est prêt à rougir et frissonner d’angoisse, mais aussi de plaisir de voir celui que j’aime ; quant à mon cœur, tiendra-t-il la cadence tant il s’accélèrera, n’explosera-t-il pas ?
Dès que je le vois je ressens quelque chose en moi qu’il n’y avait pas autrefois. C’est la première fois que je ressens ça. Je voudrais lui dire « je t’aime », mais comment lui avouer mon secret, mes problèmes ? Impossible, cet individu serait trop blessé.
Tout cela s’est accentué puis atténué dans les jours ayant suivi la vue de cet être. La boule d’amour s’est enflammée avant de se calmer.
L’individu que j’ai aimé m’a tout de même sacrément vaccinée contre cette maladie qu’on appelle « amour ». J’y réfléchirai, ou plutôt mon cœur y réfléchira s’il le peut, à deux fois, avant de retomber amoureuse. Pourquoi me direz-vous ? Tout simplement car la personne que j’ai aimée était pour moi un vampire. En effet, elle (la personne) était froide, distante, glaciale avec les gens, vampirise ses collègues et ses élèves en se comportant en tyran. J’en veux pour preuve son surnom de « Duce », qui n’est autre que Mussolini, dictateur italien fasciste des années 1920 à 1940.
Et pourtant racontez-lui le divorce déchirant de vos parents, feignant les larmes, la tristesse, et elle se métamorphose : elle devient douce comme un agneau et vous console comme une amie. N’est-ce pas troublant ? Cet aspect vampirique, froid, méprisant les gens, n’est-il qu’une façade, une carapace, où se cache un cœur transi de froid ne demandant qu’un peu de chaleur humaine ? Cette personne semble renier son humanité pour privilégier son côté vampirique. Ainsi s’acheva mon amour de 3 ans pour cette personne. Vaccin contre l’amour, valable quelques mois à un an, effectué. Je peux vous quitter, Docteur ! Merci de vos services desquels je pense ne plus avoir besoin car mon cœur et ma tête vont beaucoup mieux grâce à vous, à présent.
Voir une psychiatre m’était nécessaire afin que j’apprenne à tirer des leçons de ces histoires d’amour(car d’autres du même genre que celles de la première et deuxième partie étaient survenues avant), si je puis dire, afin de ne plus commettre les mêmes erreurs, de garder de bonnes distances avec ceux que j’aimerai dorénavant.
Troisième partie
Après avoir été dans le lycée où j’avais rencontré cet être qui m’avait tant fait souffrir, je changeais donc d’orientation scolaire et de lycée. Après avoir obtenu mon Baccalauréat Littéraire, je me dirigeais à présent vers un CAP Petite Enfance, dans un autre lycée.
J’avais été élève dans ce lycée auparavant et j’y connaissais quelques personnes, cela était rassurant, je me sentais déjà cadrée. Mais j’y ai également fait de nouvelles rencontres, tant avec mes camarades de classe qu’avec l’une de mes professeurs. Nous sommes en septembre 2009, notre collaboration durera jusqu’en juin 2010 puis de septembre 2010 à juin 2011 dans le cadre d’une classe préparatoire à des concours d’auxiliaire de puériculture.
Tout au long de ces deux années ensemble, surtout la première, nous avons appris à nous connaître l’une et l’autre. En classe, au lycée ? On se tutoie, on s’appelle par nos prénoms, c’est plutôt sympathique. Elle est jeune (je n’ai que 8 ans de différence avec elle et j’ai 19 ans, faites le calcul !). Moi qui suis plutôt du genre à avoir une carapace de méfiance afin de me protéger des autres, petit à petit, elle fait tomber cette carapace. Elle est drôle, pétillante, dynamique, a un caractère maternant, protecteur. Elle est à l’écoute, notamment par rapport aux stages, aux angoisses, aux soucis que je peux avoir ; elle me soutient et m’encourage pendant deux ans pour mes examens et concours. Elle m’a vue pleurer, sait des choses de mon passé (que j’ai vu une psychiatre la première année, en CAP, que j’ai été une ado rebelle…) dont j’ai honte mais qui font partie de moi. Elle est discrète et ne me juge pas là-dessus et avec le temps m’a fait comprendre que je pouvais lui faire confiance, lui parler, comme elle m’encourageait d’ailleurs à le faire, car elle me sait fragile et sensible et perce toujours ma carapace, elle lit en moi comme dans un livre ouvert. La carapace persiste très légèrement car je ne peux lui révéler ma vie entière, et je ne veux pas l’effrayer avec tout cela. Je veux avant tout la protéger, la préserver de tout cela, mais aussi quelque part me préserver moi aussi. Le résultat est que nous sommes amies, aujourd’hui.
J’ai au moins réussi à la préserver et à être amie avec elle. Car mes histoires d’amour précédentes (voir première et seconde partie), ainsi que bien des séances de psychanalyse avec une psychiatre, m’ont appris à garder des distances avec ceux que j’aimais, afin de ne pas gâcher une relation et d’en préserver la convivialité, la chaleur, l’amitié, même quand on est amoureuse.
C’est grâce à tout cela que j’avais compris que j’avais, une fois encore, ouvert « Le livre de l’amour », c’est-à-dire mon cœur. Au sein de celui-ci a grandi le sentiment d’Amour jusqu’à en exploser, avant de se reformer à nouveau pour quelqu’un d’autre…ou pas. Mon cœur a une capacité incroyable pour cela. C’est ainsi que se sont passées toutes mes histoires d’amour : formées, brisées, reformées avec d’autres personnes…c’est cela l’une des fins du « Livre du cœur », à moins que l’Amour ne s’y reforme à nouveau et triomphe, peu importe avec qui. C’est bien tout le mal que je me souhaite !
Quatrième partie
Mon ange
Cette blessure, avec quoi me l’aurais-tu faite si profonde qu’en te retirant ? Seule la distance d’un baiser sépare l’amour de l’amitié. Pour toi, j’ai : un certificat en bisous, un diplôme en câlins, un bon niveau en amour. As-tu un job pour moi dans ton cœur ? A vendre : cœur seul en mauvais état, prends-le de mon corps à n’importe quel prix STP, mets fin à sa souffrance…Tu m’attires et j’en crève. Ma seule envie est de te voir dans mes insomnies, viens voler ma vie dans l’antre de mes nuits…Si ton cœur s’arrêtait de battre, je te donnerais le mien car sans toi il ne me sert à rien.
Je porte en moi le mal-être, le malheur…Seul mon ange anesthésie cela et me donne un semblant de bonheur. Je m’accroche à toi, petit ange tombé du ciel, du paradis, je m’accroche à toi comme à une bouée de sauvetage, car tu me permets d’écrire, de me libérer et ainsi me maintenir à flot. Le brouillard de la vie est parfois épais…Je patauge dans son océan de nuages et j’y coule, je m’y noie…Seras-tu là pour me sauver, me guider, mon ange ?
J’ai plongé dans cet océan de nuages comme j’aurais plongé du haut d’un plongeoir de 30 mètres, mais sans savoir nager. J’ai plongé dans cet océan et dans ton amour, « je cours, je me raccroche à la vie », je m’accroche à toi qui es mon ange gardien.
Je t’aime « à la vie à la mort ». Je vis selon cette dimension parallèle appelée « Love Planet » où l’on dit « à la vie à l’amour, à la vie à la mort ». C’est l’amour à mort.
Si tu te noies, que tu coules, tu m’emporteras avec toi dans la tempête. Je ne saurais survivre au tourbillon, à la spirale de souffrance que tu déchaînerais en moi. Une tempête, un ouragan emporteraient alors le navire de mon âme. Je subirais un raz-de-marée et mon navire, avec mon âme et mon cœur à son bord, feraient naufrage et se noieraient avec toi.
La raison en est simple : mon corps tout entier en manque de toi réclamerait tes yeux bleus azur, tes cheveux dorés comme les blés, ton corps de déesse divinement sculpté. Mes oreilles réclameraient la douce mélodie de ta voix, au timbre si chantant. Ma tête, mon âme et mon cœur enfin, eux, me réclameraient ton écoute, ta protection, ton affection et ton amour pour moi, tous tes gestes tendres. Ce sont bien mon âme, mon cœur et ma tête qui me feraient le plus souffrir sans toi.
En effet on peut combler l’absence physique avec des illusions comme les photos, les mots, les souvenirs. Mais tu es ma drogue, et tu m’as fait tomber dans cette dépendance psychologique qu’on appelle « amour ». Je suis trop accoutumée, trop accro à toi à présent pour envisager de te perdre, même une seconde. Et la dépendance psychologique, en cas de deuil, de perte de la personne aimée, se berce elle aussi d’illusions que sont les souvenirs, et elle ne disparaît jamais totalement, tout comme la douleur psychologique, elle s’estompe seulement.
De plus tu es mon ange gardien. Tu veilles sur moi et je fais de même à ton égard. Mais je t’ai aussi confiée mon âme et mon cœur. Tu es l’ange dépositaire, l’ange gardien attitré de ma vie entière, tu veilles à me protéger et à nous préserver en tant que couple. Tu aimes que nous nous exposions comme couple aux yeux des autres, mais tu as craint leurs regards au début et je t’en ai protégée. Maintenant c’est avec fierté et défi que nous soutenons ensemble les regards, main dans la main.
T’écrire pour te conter mon amour, c’est aussi me plonger dans la mélancolie, dans des nuages de douceur et d’ivresse tout à la fois. Mon amour est comme cela.
L’histoire d’amour que je vais vous raconter a débuté voilà 5 ans. Mon ange a 36 ans, j’en ai 24. Elle avait 31 ans et moi 19 à notre rencontre.
A l’époque je voulais passer mon permis avec l’AAC (la conduite accompagnée quoi). Cela laissait supposer plus d’un an de collaboration avec mes moniteurs, dont un homme, et elle, Tina, mon ange.
Nous avions déjà passé quelques jours ensemble lors de mon BSR (Brevet de Sécurité Routière). A présent, des mois de code et de conduite allaient nous lier, nous faire faire connaissance.
Je venais tous les 3 jours au code et aux stages de code pendant 5 mois avant de l’obtenir. Entre-temps, des heures et des jours entiers de code nous permirent de nous découvrir, Tina et moi. Elle est aussi blonde que je suis brune, les cheveux longs et dégradés comme moi ; elle a les yeux bleus azur, j’ai les yeux noisette ; elle fait 5 cm de plus que moi qui fais 1m55, et elle est fine alors que ma silhouette est un peu plus affirmée au ventre et aux hanches ; enfin, elle a la peau claire alors que j’ai la peau hâlée. Elle a un physique angélique, elle est un idéal de beauté incarné.
Heureusement, elle a un caractère assez affirmé, ferme. Pour autant elle sait rester à l’écoute, prête à accueillir les confidences, et sait remonter le moral et vous motiver comme personne. Et c’est exactement ce dont j’ai besoin, d’elle et de son caractère fort, m’incitant à me dépasser pour arriver à mes fins. En effet je suis têtue, parfois méfiante, mais au fond je suis une sensible, une fragile, qui baisse facilement les bras, et qui a besoin de se sentir épaulée par quelqu’un afin d’avancer dans la vie. Ma famille et mes amis le savaient bien et m’épaulaient toujours si besoin. Tina comprendrait vite cela avec le temps. Mais pour le code, je ne comptais que sur moi…puis sur Tina.
Tina savait gérer mes sautes d’humeur, tantôt agressive, tantôt triste…provoquées par le lycée et ma classe Préparatoire au concours d’entrée en école d’Auxiliaire de Puériculture, ainsi que les concours d’Educateur de jeunes enfants et que l’examen du CAP Petite Enfance, le tout à passer et à réussir en un an ! Tous ces devoirs scolaires et de code, de permis, me mettaient une pression folle, me stressaient, me rendaient fatiguée, voire triste. J’étais souvent nerveuse, à fleur de peau. Mes professeurs et mon entourage me parlaient beaucoup, me sachant ainsi, si stressée et si fatiguée.
Mais c’était bel et bien Tina la plus à l’écoute, la plus compréhensive de tout mon entourage. Nous parlions souvent de tout ça à l’auto-école ; il nous arrivait aussi d’aller boire un verre et de manger un peu, ensemble, le soir. Je passais la prendre en scooter et nous partions dans une viennoiserie-bar, elle serrait ses bras autour de ma taille pour me tenir, moi conduisant…parfois c’était l’inverse. J’appréciais cela, notre contact physique, notre proximité sur le scooter comme au bar d’ailleurs. A la viennoiserie-bar nous étions libres, nous nous prenions la main tout en sirotant des cocktails avec 2 pailles pour le même verre, en nous faisant goûter les pâtisseries que nous prenions de temps en temps, tout en papotant et riant. Nous nous racontions nos vies, pas toujours roses, nous avions mutuellement confiance l’une en l’autre. Nous avions chacune le numéro de portable de l’autre, on était devenues si proches…
Cela faisait maintenant 4 mois et demi que nous nous connaissions. Je passais le code deux semaines plus tard. J’avais promis à Tina que si je l’avais, je l’emmènerais au restaurant fêter cela en tête-à-tête le soir même.
Deux semaines plus tard, le 20 décembre 2010, jour d’anniversaire de mes 20 ans, j’obtins mon code avec 3 fautes et nous allâmes au restaurant fêter cela et mon anniversaire par la même occasion.
Nous allions dans un restaurant simple mais bon, de qualité. Tina et moi nous étions faites belles pour l’occasion. De mon côté, j’avais revêtu une robe bleu nuit ample et cintrée à la poitrine, avec des bottes à talon. J’avais relevé mes cheveux en un beau chignon, mis quelques bijoux et je m’étais maquillée. Je voulais que Tina remarque combien je pouvais me faire belle pour elle.
Quant à elle, Tina avait mis une magnifique robe noire dos-nu lui arrivant au-dessus des genoux, avec des bottes à talon pour elle aussi. Elle avait sur les yeux du fard à paupières argenté qui faisait ressortir le bleu de ses yeux, ainsi que du brillant à lèvres.
Une fois arrivées au restaurant, nous nous sommes longuement complimentées sur nos tenues. Apparemment, chacune de nous deux avait voulu impressionner l’autre, et cela marchait à merveille. Nous étions placées au fond de la salle, à l’abri des regards. Le dîner commençait dans une bonne ambiance, nous étions détendues, heureuses, souriantes. L’ambiance fut ainsi au beau fixe toute la soirée. Ce soir-là nous oubliâmes nos soucis, pour ne parler que de choses légères. Plus le temps passait plus nous devenions séductrices l’une envers l’autre. Je dis à Tina ce que j’avais toujours voulu lui dire mais que je n’osais pas dire ; que je la trouvais d’une beauté angélique, qu’elle me fascinait, et que j’appréciais qu’elle soit là, à mes côtés, pour me soutenir dans les bons comme les mauvais moments. Elle en fut particulièrement touchée et émue. Elle me dit qu’elle appréciait beaucoup ma compagnie car il était vrai qu’elle sortait assez peu avec l’auto-école qu’elle devait gérer, et grâce à laquelle elle voyait déjà du monde, c’est pour cela qu’elle sortait peu. Grâce à moi, me dit-elle, elle retrouvait peu à peu le goût de sortir, de profiter de la vie. Ses yeux brillaient tout le temps qu’elle me parlait, parfois elle rougissait. Nous nous fixions beaucoup l’une et l’autre, nos regards nous suffisaient à communiquer, mais ce soir-là nos regards avaient une connotation de séduction, notre attirance l’une envers l’autre se lisait dans nos regards. Laquelle de nous deux ferait le premier pas ?
Vers la fin du repas, Tina me prit les deux mains, les serra fort tout en me regardant droit dans les yeux :
«-Amélie, il faut que je te dise quelque chose…
-Oui ? Vas-y, je t’écoute.
-Eh bien, ce n’est pas facile…En tout cas j’ai l’impression que ce dîner pourrait changer notre relation, la faire évoluer d’une certaine manière…
Je la regardai et dis, perplexe : -Comment ça ?
-C’est vrai qu’on est proches toutes les deux, tant physiquement que moralement. J’aime notre proximité, nos câlins et nos bisous…je crois que tout ça vient du fait que je me sens irrésistiblement attirée par toi. Au début, je n’y croyais pas, je ne voulais pas l’accepter car j’avais peur de ta réaction, car tu es mon élève, tu es jeune, hétéro sans doute…
-Alors là, je t’arrête tout de suite ; je suis bisexuelle. Et puis on n’a que 12 ans d’écart c’est pas beaucoup je trouve !
-Et qu’est-ce que tu fais du fait que je suis censée être ta monitrice et toi mon élève ? C’est une hiérarchie entre nous, qu’on le veuille ou non ! Tout ça me fait peur, j’ai peur de sauter le pas…
-Pas moi, moi j’ai pas peur de tout ça. Pour moi c’est juste des raisons que tu te donnes pour me résister. Mais si on est attirées l’une par l’autre, ça ne sert à rien de résister. C’est toi qui m’as dit vouloir profiter de la vie tout à l’heure, non ? On a une occasion en or de mordre la vie à pleines dents, alors profitons-en !
-T’es sûre de ce que tu me dis ? Je voudrais pas qu’on aie des regrets…
-On aura des regrets si on ne vit pas notre aventure, beaucoup plus de regrets que si on la vit, crois-moi. Moi je t’aime, j’ai des sentiments forts pour toi, je le sais, je le sens. Fais-moi encore confiance, n’aie pas peur. Et puis personne n’est obligé d’être au courant de notre liaison, si c’est ça qui te fait peur.
-T’as raison, je suis d’accord avec toi. Je t’aime aussi. On peut vivre notre histoire en se cachant tout en en profitant ! Que dirais-tu de passer chez moi ?, ajouta-t-elle avec un air coquin.
-J’en dis que j’accepte avec plaisir ton invitation ! ».
Là-dessus, nous payâmes l’addition et sortîmes bras dessus, bras dessous. Une fois montées dans la voiture, nos regards se croisèrent intensément avant que nous plongions nos visages l’un vers l’autre, le temps de notre premier baiser. Ses lèvres étaient chaudes et douces comme du velours, notre baiser fut voluptueux, j’avais l’impression de voir des étoiles. Après quoi, elle prit mes mains dans les siennes. Je constatai qu’elle avait les mains glacées et entrepris de les lui réchauffer en soufflant chaudement dessus, puis je frottai ses mains dans les miennes, bien plus chaudes que les siennes.
Après nous être ainsi réchauffées, elle mit le contact en route et nous partîmes en direction de son appartement, qui était dans l’auto-école. Nous arrivâmes sur place après 10 minutes de trajet. Elle me montra le chemin de sa chambre en me disant qu’elle était à l’étage.
Arrivées dans sa chambre, elle alluma la lumière et vint se blottir contre moi tout en me caressant doucement. Nous étions si bien dans les bras l’une de l’autre…Je me résolus à lui avouer que je n’avais jamais fait l’amour. Elle me répondit :
« -Ben tu sais moi j’ai fait l’amour avec des hommes, mais jamais avec une femme. Alors ce sera notre première fois à toutes les deux en tant que couple, mais aussi en tant que première expérience avec une femme pour chacune. D’accord ?
-Oui. Et puis tu sais, j’ai confiance en toi et je t’aime, c’est ça qui compte vraiment, alors ça ira. Je veux juste qu’on prenne notre temps, que tu me guides un peu au début, après ça ira je pense. Ok ?
-Oui, ne t’en fais pas. »
Sur ces mots, elle m’aida à défaire et à enlever ma robe, lentement, doucement. Je l’aidai à faire de même avec la sienne. Nous finîmes de nous déshabiller seules, avant de revenir l’une vers l’autre pour faire tomber nos soutien-gorges et nos petites culottes. Elle me prit par les mains, m’attira jusqu’à son lit sur lequel je m’assis puis m’allongeai. Elle vint me rejoindre aussitôt et se mit au-dessus de moi. Nous étions fébriles d’émotion, soucieuses de bien faire. Je la laissai me toucher, me caresser, embrasser chaque partie de mon corps, en guise de préliminaires que j’appréciai assez. Je sentais ma partie intime dégouliner en moi. Elle prit ma main gauche et la mit sous son sexe, me demanda dans un murmure de la doigter, ce que je fis. C’était agréable, chaud et aussi mouillé que moi je l’étais. Je plaçai de moi-même ma main droite sur son sein gauche. Je la fis jouir et je jouis à mon tour. Ensuite, nous roulâmes et je me retrouvai sur elle, à moi maintenant de l’embrasser là où il me plairait, de la dévorer tout en la chatouillant avec ma langue et mes lèvres. Elle me doigta et nous avons joui ensemble, une fois encore. Une fois tout cela terminé, je me mis sur son côté, posai la main sur sa poitrine et l’embrassai longuement, tendrement. Je lui demandai si cela lui avait plu et elle me répondit que oui, bien plus que ce qu’elle imaginait, me dit-elle. Elle me demanda à son tour mon ressenti et je lui répondis que tout s’était bien passé, que j’avais oublié ma peur grâce à elle et que je m’étais éclatée. Nous restâmes blotties dans les bras l’une de l’autre, jusqu’à nous endormir comme cela.
Lorsque nous nous réveillâmes le matin, à 7h, à cause ou plutôt grâce au réveil, nous étions crevées. Crevées mais heureuses. Nous étions le mardi matin, j’avais dit à ma mère que je passais la nuit chez une copine du lycée qui m’y amènerait. Quel beau mensonge ! Heureusement, Tina consentit à m’amener au lycée en voiture. Mais nous devions d’abord nous préparer. Tina m’aida à remettre ma robe, je n’avais d’autre choix que de remettre mes affaires de la veille. Elle me passa le fin gilet blanc qu’elle portait la veille au soir, elle voulait que je le garde en souvenir de notre première nuit d’amour. Du coup, je la laissai garder la veste noire que j’avais portée la veille. A chacune son souvenir ! Après ces petites attentions, nous nous embrassâmes longuement et amoureusement. Nous prîmes le petit-déjeuner ensemble, Tina me regardait d’un air radieux, moi je la contemplais, elle et sa peau si blanche, ses yeux bleus si brillants, et ses cheveux couleur des blés. Chacune souriait à l’autre. Tina me faisait du pied sous la table et cela me faisait rire. Elle finit son petit-déjeuner avant moi et vint derrière moi, entourant mon cou de ses bras et y déposant des baisers légers, ainsi que sur mes joues. Je finis de petit-déjeuner, nous fîmes notre toilette. 7h50, il était grand temps de partir ! Nous avions une demi-heure de route à faire jusqu’à mon lycée et les cours débutaient à 8h30. Enfin nous partîmes donc à 7h50 et arrivâmes à mon lycée vers 8h20. Sur le parking du lycée, dans sa voiture, derniers baisers avant de se quitter, non sans nous être données rendez-vous pour le mercredi en fin d’après-midi.
Et c’est ainsi que commença notre liaison qui dura 6 mois, de décembre 2010 à mai 2011. J’obtins mon CAP en juin 2011. Nous enchaînions les rendez-vous, les soirées en tête-à-tête, les nuits d’amour passionnées.
Nous étions follement amoureuses l’une de l’autre mais Tina n’assumait pas du tout notre histoire, elle ne voulait en rien l’officialiser, cela lui faisait peur car elle ne voulait pas s’affirmer en tant que bisexuelle ou homosexuelle aux yeux de tous, de son entourage. Elle craignait le regard et le jugement des autres, elle souffrait des regards sur nous si nous marchions main dans la main dans la rue.
Un jour, elle me déclara tout à trac qu’elle me quittait, qu’elle m’aimait encore, mais qu’elle voulait me quitter. Elle souhaitait se caser, se marier avec un ami d’enfance qu’elle n’aimait pas, avoir des enfants…elle voulait la normalité, et le mariage, les enfants qu’elle pensait que je ne pouvais lui offrir. Bien entendu, je tentais de la convaincre de rester avec moi, de démonter tous ses arguments, mais sa décision était déjà prise. Elle dit toutefois vouloir rester ma meilleure amie. J’acceptai, le cœur déchiré, car je ne voulais pas la perdre, elle était mon âme sœur, j’en étais sûre. Je ferai tout pour la reconquérir, me disais-je en mon for intérieur.
Un mois plus tard, Tina et moi étions les meilleures amies du monde, malgré nos sentiments amoureux que l’on sentait lorsqu’on était seules. Elle fréquentait son ami d’enfance et m’annonça son mariage avec lui prévu pour décembre 2011, dans 6 mois. Elle dit qu’elle lui avait raconté qu’elle l’avait toujours aimé et que pour lui c’était pareil, d’où cette décision si rapide de vouloir tous les deux se marier.
Qu’allais-je faire ? Ce fut comme si le monde s’écroulait sur moi. Tina me présenta quelques jours plus tard son fiancé, Alain. Il avait beaucoup entendu parler de moi en bien par Tina et savait que j’étais sa meilleure amie. C’était un gérant d’entreprise de services à la personne, florissante et qui lui prenait beaucoup de temps, ne lui laissant que les dimanches de libres. C’est pourquoi il me faisait confiance et tenait à ce que j’aide Tina à tous les préparatifs du mariage, il disait qu’ainsi Tina me verrait souvent et souffrirait ainsi moins de son absence. Ainsi j’allais passer 6 mois avec Tina, jonglant entre la conduite avec elle puis les préparatifs du mariage allaient nous accaparer une fois la conduite finie. Néanmoins je la voyais plusieurs fois par semaine, en soirée et le samedi tout entier, afin de l’aider pour son mariage. Je vivais à un rythme d’enfer entre tout cela et mon travail à la crèche, mais je m’en moquais, car au moins je voyais ma Tina. Je dus donner mon avis sur la décoration de la salle des fêtes, sur le repas à servir le jour J, sur le smoking de son fiancé et sa robe de mariée…nous passions un temps fou à négocier tout cela, à en discuter avant d’arriver à nous décider. Le choix de la robe fut d’ailleurs une épreuve qui nous prit tout 1 mois car nous voulions l’une comme l’autre qu’elle soit la plus belle, et tant il y avait de choix ce fut un dilemme. Nous nous décidâmes finalement pour un modèle de robe en bustier, parsemée de fleurs bourgeonnant et s’ouvrant ça et là, et parsemée de strass également. Je trouvais que cette robe lui allait merveilleusement bien car elle avait une taille de guêpe qu’il fallait souligner, ainsi qu’une poitrine qui ne demandait qu’à s’épanouir mais qu’elle s’obstinait à cacher bien souvent sous des tee-shirts amples, de sport parfois. Alors pour son mariage je lui demandai de faire cet effort de mettre ainsi en valeur sa taille fine et sa poitrine, et elle fut rapidement convaincue. Nous nous entendions relativement bien pour tous les préparatifs car nous tombions en extase devant les mêmes choses, et nous tombions donc d’accord sur les mêmes choses. Nous choisîmes ensemble la musique du bal suivant le mariage. Après des musiques mettant tout le monde d’accord, il fallut choisir quelques slows, pour le bonheur des couples le jour J. Nous en passâmes en revue 40 avant d’en choisir 10, les 10 qui nous avaient attirées dans les bras l’une de l’autre en les écoutant. Nous étions en train d’écouter « Reality », le slow cultissime de « La boum », lorsque Tina se glissa entre mes bras en me disant « -ce slow, je le danserai avec toi le jour J, mais je suis tellement bien dans tes bras… ». Elle me serrait toujours plus fort, se blottissait contre moi, jusqu’à m’étouffer, mais j’aimais ça. Elle pencha son visage vers moi et m’embrassa. Ce baiser dura longtemps et nous laissa hors d’haleine, à bout de souffle, d’autant que nous étions serrées l’une contre l’autre, comme si Tina avait peur que je lui échappe. Je la regardai droit dans les yeux et lui demandai dans un souffle si elle m’aimait toujours. Elle ne répondit pas, mais versa quelques larmes avant de s’éloigner en décrétant qu’il valait mieux reprendre les préparatifs. C’était un mois avant le mariage.
Le jour J arriva enfin. Tina était extrêmement nerveuse, et son fiancé me demanda de la calmer un peu avant la cérémonie. Nous nous étions encore embrassées, retrouvées durant le dernier mois précédant le mariage, et nous nous embrassâmes encore avant qu’elle n’entre dans l’église. Je l’encourageais et tentais de la rassurer, je lui disais que tout se passerait bien. Elle voulait que je l’arrache à ce mariage, que je l’empêche de faire cette connerie, me dit-elle. Je lui promis de tout faire pour réaliser son souhait. Je regagnai alors l’église, et son père la mena jusqu’à l’autel.
Après l’échange des vœux, le curé demanda bien évidemment « si quelqu’un veut s’opposer à ce mariage, s’il y voit une objection, qu’il le dise maintenant ou se taise à jamais ». C’était trop beau, je devais saisir cette occasion. Ce que je fis.
Je me levai donc et dis distinctement : « -Oui, moi, Amélie, je m’oppose à ce mariage. Ce mariage pour Tina n’est qu’une façade qu’elle a voulu construire face à la société qui l’empêche de vivre telle qu’elle est. Toutes les deux nous avons vécu une histoire d’amour merveilleuse de 6 mois avant ce mariage. Elle m’a quittée par peur du regard et du jugement des autres quant à son homosexualité, c’est pour cela qu’elle a voulu se marier. Désolée Alain, mais je sais qu’elle ne t’aime pas, elle me l’a dit. Elle n’aime que moi et elle m’a toujours aimée, même quand elle était avec toi. Tout ce temps que nous avons passé ensemble durant les préparatifs de ce mariage n’a fait que renforcer ce sentiment. Lors du dernier mois avant le mariage, nous nous sommes retrouvées, nous sommes redevenues un couple. Dis-leur, toi, Tina !
Tina prit alors la parole tout en me rejoignant : -Oui c’est vrai, depuis le début je n’aime qu’Amélie, depuis un an je pense jour et nuit à elle, même quand je l’ai quittée et que j’ai dit vouloir me marier à Alain, je l’aimais toujours. Et c’est pour me protéger du regard et du jugement des autres que j’ai voulu me marier. Je décrète que j’aime Amélie plus que tout, qu’elle est la femme de ma vie, mon âme sœur ! J’annule ce mariage, mais je veux me pacser avec Amélie et vivre avec elle le restant de mes jours, et lui faire des enfants ! Voilà ce que je veux ! ».
Tina et moi nous tenions la main, blotties l’une contre l’autre, redoutant la réaction de sa famille et de son entourage après telles déclarations. Et à notre grande surprise, quelques personnes, les unes après les autres, enfin toutes, se mirent à nous applaudir. Son père prit la parole en déclarant qu’il valait mieux que notre amour si vrai, si pur d’après lui, triomphe, au lieu de faire un mariage de convenance afin de plaire à la société. Nous partîmes donc avec la bénédiction des parents de Tina, nous promettant de nous revoir plus tard pour une présentation plus officielle.
Après ça, nous franchîmes toutes les étapes qu’un couple « normal » franchit : l’installation dans un appartement, puis dans une maison ; multiplication des voyages en amoureuses et des sorties en tête-à-tête ; nous signâmes ce fameux PACS.
Deux enfants virent le jour, deux filles, grâce à Alain, peu rancunier : Tina donna naissance à 33 ans à notre fille Annabelle, lui ressemblant trait pour trait, aussi blonde aux yeux bleus que sa mère ; quant à moi, à 23 ans, deux ans plus tard, je mis au monde la petite sœur d’Annabelle, Victorine, aussi brune que moi.
Tout cela fut possible grâce à mon ange gardien, mon ange tout court : ma Tina. Tina était l’ange gardien de mon cœur, et l’ange toujours prêt à veiller sur moi et nos deux filles, jusqu’à la fin de nos jours.
Laissez-moi à présent vous conter le récit de notre histoire commune, de nos enfants, et comment nous sommes arrivées à la si belle conclusion de l’histoire, que vous connaissez déjà.
Cela faisait un an et demi que nous étions ensemble, mon ange Tina et moi. Cela faisait 6 mois que nous vivions ensemble et tout se passait bien. Je travaillais depuis un an en CDI en crèche et Tina avait elle aussi un travail stable, des affaires florissantes à son auto-école. Avec tous ces critères, toutes ces bonnes choses, nous voulions réaliser des projets communs, après l’installation et les vacances ensemble.
Nous voulions nous pacser et avoir chacune un enfant, d’abord Tina serait enceinte, ensuite moi, du même géniteur, Alain, l’ex-fiancé de Tina. Rien n’était encore planifié.
C’est pourquoi je décidai d’organiser une journée de Saint-Valentin pleine de surprises romantiques à mon ange. La Saint-Valentin tombait un samedi et je comptais lui demander que l’on se pacse le soir même. J’avais fait, pour l’occasion, graver « Tina et Amélie pour la vie » sur des alliances en or.
Le grand jour arriva. Je me levai au petit matin et parsemai notre lit de pétales de roses rouges, blanches et roses, parfumés, avant d’amener le petit déjeuner au lit à ma princesse. Il était 8 heures et je réveillai ma belle au bois dormant par un bisou d’esquimau puis par un baiser sur les lèvres. Je me remis au lit avec elle et nous prîmes là le petit-déjeuner. Tina en était ravie et les pétales de roses ajoutaient à sa bonne humeur et à son bien-être. Ce matin fut un matin câlin, d’abord dans le lit puis dans le bain parfumé aux bougies et à la rose, et agrémenté de musiques romantiques, que je nous avais fait couler. Une matinée de pur bonheur. Vers 12h nous partîmes en scooter au bord d’un lac afin de pique-niquer, bien couvertes et collées l’une à l’autre. Tina était sur un petit nuage et moi aussi.
L’après-midi fut une après-midi cocooning. Je nous avais concocté des massages sensuels, des jeux mettant en alerte et en éveil nos sens tels le toucher, l’odorat, le goût… En effet, l’une devrait faire goûter, toucher et sentir quelque chose à l’autre, les yeux bandés, afin qu’elle devine ce que c’était, par exemple avec du chocolat, des peluches. Puis venait le temps des slows, avant la soirée dans un restaurant gastronomique. Tous ces moments de complicité, en tête-à-tête, cela semblait signifier beaucoup pour Tina. Ainsi lors de notre dîner en tête-à-tête, elle me demanda si tout allait bien pour moi :
« -Amélie, j’ai adoré toute cette journée et tous nos instants de complicité, tout ce que t’as fait pour nous deux, c’était chouette, merci. Mais tu ne fais pas tout ça sans raison, hein dis-moi ? Quelque chose qui ne va pas ?
-Mais non, mon ange, qu’est-ce que tu vas chercher !, dis-je en riant. C’est juste que je ne veux pas que la routine s’installe dans notre couple et je voulais te surprendre, te faire plaisir pour la Saint-Valentin. D’ailleurs, il me reste une surprise à te faire, mais j’attends le dessert si tu veux bien.
-Ah, bon si ce n’est que ça je suis rassurée ma puce ! », me dit-elle en riant à son tour.
Nous reprîmes tranquillement le cours du dîner après cela, même si je voyais briller dans ses yeux l’interrogation, la curiosité à propos de cette ultime surprise du jour évoquée. Elle se doutait évidemment que c’était une surprise concernant notre couple, car toute la journée avait tourné autour de nous deux. Enfin, au moment du dessert, je décidai qu’il était temps de me lancer pour l’ultime surprise, la demande de PACS avec ces fameuses alliances gravées à nos prénoms.
« -Tina ?
-Oui mon cœur ?
-Toi et moi, ça fait un an et demi qu’on est ensemble, et quelques mois déjà qu’on parle de s’engager de façon sérieuse l’une envers l’autre.
-Oui. Continue, je t’écoute.
-Si tu es d’accord, je souhaite qu’on se pacse, toi et moi ». Je sortis l’écrin des alliances et le tendis à Tina en lui disant de l’ouvrir et de regarder à l’intérieur. Tina prit l’écrin et l’ouvrit :
« -C’est magnifique, ces alliances », murmura-t-elle, « -et en plus elles sont gravées à nos deux prénoms, pour la vie. Je sais pas quoi te dire Amélie…
-Dis-moi oui, soufflai-je.
-Oui, je veux me pacser avec toi, Amélie », dit-elle au bord des larmes.
L’émotion était à son comble, nous étions toutes les deux à deux doigts de pleurer, mais nous avons souri malgré tout, tandis que j’aidai Tina à mettre son alliance à son annulaire gauche, et qu’elle m’aida à mettre la mienne. Nous gardions à présent nos mains serrées, prisonnières les unes des autres.
Nous sortîmes du restaurant à la fin du repas et rentrâmes chez nous. Plus que jamais, je voulais prouver à Tina mon amour pour elle en lui faisant l’amour, en étant si fusionnelles, si liées l’une à l’autre. La passion de nos corps prit le dessus l’espace d’une heure. Ensuite nous discutâmes de la date à fixer pour la signature du PACS et tombâmes d’accord pour le 18 mars de la même année, c’est-à-dire pour un mois plus tard. A cette occasion nous inviterions notre famille et nos amis à célébrer notre union. Mais cette nuit-là, nous la passâmes aussi à discuter d’avoir des enfants, d’en parler à Alain, notre géniteur potentiel. Nous décidâmes d’aller le voir le lendemain afin de lui parler du PACS et de notre souhait qu’il soit le géniteur des enfants de Tina et moi. Nous réussîmes à le persuader par la suite d’avoir recours à son sperme pour procéder à une insémination artisanale.
Il allait maintenant falloir entamer tout un processus médical avec des tests sanguins à effectuer sur Tina et Alain, afin de s’assurer que tout allait bien avant de tenter les inséminations. Les tests montrèrent qu’ils allaient tous deux bien. Tina et moi nous calculions sur plusieurs mois ses périodes d’ovulation afin de maximiser nos chances de réussite. Une amie nous fournirait le matériel pour une insémination artisanale autant que nécessaire. D’autre part nous organisions aussi les festivités pour le 18 mars, jour de notre PACS. Le grand jour de notre union civile, le PACS, arriva enfin. Nous étions 120 en tout, familles et amis respectifs réunis. A la mairie nous avions un témoin chacune mais étions seules et nous retrouvâmes nos invités dans la salle des fêtes louée pour la journée et la soirée. Tout se passa à merveille et nous fîmes la fête jusqu’à l’aube, pendant que certains partaient car ils avaient de la route à faire. Avec les invités restants, le lendemain, nous avons mangé les restes de nourriture et nettoyé la salle des fêtes. Tout le monde partit et nous aussi, et nous allâmes restituer les clés de la salle à la mairie.
D’ici une semaine nous allions commencer les inséminations et Tina et moi en étions excitées et un peu inquiètes. Nous commençâmes donc à enchaîner les inséminations. De longs mois passaient sans succès et Tina perdait confiance en elle. Ces six derniers mois de tentatives infructueuses la fatiguaient physiquement et moralement. Je m’acharnai donc à répéter à Tina de ne surtout pas se décourager, je lui disais que j’avais confiance en elle et croyais en ses chances d’être enceinte. Je lui écrivais souvent des poèmes et des belles choses que je lui disais ensuite pour la rassurer sur mon amour pour elle. Je lui disais qu’elle endormait mon âme triste pour n’éveiller que mon âme heureuse. Il lui arrivait parfois, le soir, de craquer et de fondre en larmes, d’éclater en sanglots dans mes bras. Je devais la consoler, la soutenir, lui montrer mon amour tous les jours, la rassurer, la protéger, et j’aimais cela. J’aimais cela car depuis le début de notre relation c’était elle qui me protégeait, nous protégeait des regards et propos parfois mauvais sur notre passage. C’était maintenant à moi d’assumer ce rôle, d’être forte pour deux, tout comme elle l’était en temps normal. J’avais juré de faire tout cela, et d’être son amie, sa confidente, son amoureuse, comme elle avait juré de faire et d’être tout ceci, le jour de notre PACS, il y avait six mois.
La mission que j’avais accepté était de la rendre heureuse, à n’importe quel prix. Cela passait par lui prouver mon amour très souvent, mais aussi et surtout à ce moment-là, à ce qu’elle tombe enceinte. Tina devait être détendue afin d’augmenter ses chances. Or elle était crispée, nerveuse et frustrée de n’être pas encore tombée enceinte. Pendant un mois je la choyais donc encore plus que d’ordinaire afin de la détendre pour la prochaine insémination. Beaucoup d’escapades amoureuses les week-ends, un bain toutes les deux avec musique et bougies tous les soirs, massages et jeux sensuels avant le coucher, petits déjeuners au lit…Je redoublai d’efforts…qui furent récompensés car nous apprenions trois semaines plus tard qu’un heureux événement était en route pour nous deux ! Le jour du test de grossesse, j’étais dans la salle de bain avec elle et nous avons découvert le résultat ensemble. Nous nous sommes regardées, un peu sonnées et perplexes, puis chacune s’est jetée au cou de l’autre en hurlant, avant de pleurer en silence, de joie. Neuf mois pleins de surprises nous tendaient les bras…
Le premier trimestre fut un enfer, une horreur. Tina avait des nausées terribles et ne pouvait presque rien avaler.