depuis suffisamment longtemps pour que mes yeux s'adaptent a l'obscurité mais pourtant je ne distinguais rien, hormis la vielle bâtisse, la balançoire et lui. Tout le reste demeurait vague. Mon regard dériva vers la droite pour apercevoir quelque chose. La silhouette s'était arrêtée à un mètre de moi. C'était un homme je crois. Le visage dissimulé dans la pénombre, je ne vis que la couleur claire de son tee-shirt ample, qui demeurait la seule chose que je pouvais correctement distinguer. Je ne bougeais pas d'un centimètre, m'apprêtant à le voir faire un pas dans ma direction d'un instant à l'autre. Je n'avais pas besoin de voir son visage. Je savais qu'il me regardait. Je le sentais. Je sentais son regard espiègle et malsain sur moi, parcourant chaque partie de mon corps des yeux. Je n'avais aucune chance de partir. Mes jambes ne me porteraient pas assez longtemps pour aller où que ce soit. J'ignorais comment repartir d'ici. Dans le silence, son rire résonna contre mes tympans, comme s'il se moquait de la situation dans laquelle je me trouvais, comme s'il se moquait de ce que je venais de penser. Comme s'il savait déjà que je ne pourrais rien contre lui. Je frissonnais.
Des murmures étouffés parvinrent jusqu'à mes oreilles, se mêlant aux rires. Mais ils ne venaient pas de lui. C'était une voix que j'avais déjà entendu. Que je
connaissais. C'était lui. Je n'aurais pas eu besoin de tourner la tête pour vérifier. Vers la balançoire, sa capuche était tournée vers moi, il nous regardait. Bien que je n'en sois pas sûre, il semblait trembler de la tête aux pieds. Une buée étrangement épaisse s'échappait de sa bouche, comme en hiver lorsque votre souffle chaud entre en contact avec le froid. De là ou je me trouvais, j'entrapercevais seulement la partie basse de son visage et la couleur étonnamment violette de ses lèvres. Sa bouche demeurait ouverte, comme figée elle aussi alors que le reste de son corps était secoué de part et d'autre, comme si quelqu'un s'amusait à le secouer sans qu'il puisse faire quoi que ce soit pour l'empêcher. Il murmurait, tentant en vain de laisser sortir les mots de sa bouche pour me dire quelque chose. Quelque chose dont le sens m'échappait, comme si ses mots se perdaient dans le silence à chaque fois qu'il essayait de les prononcer.
Mon corps se figea lorsqu'une main se posa doucement sur mon épaule. Sa présence derrière mon dos, la chaleur qui se dégageait de son corps, son souffle sur le haut de ma tête. Je ne l'avais pas senti approcher. Et pourtant il était là. Je sentais son regard posé sur moi, sa main sur mon bras, ce dernier qui pesait soudain de tout son poids sur mon corps. Le haut de mon épaule fût légèrement tiré en arrière l'espace d'une