Les minutes passent lentement, comme pour me faire enrager. Je ne tiens plus, tant de doutes m’envahissent.
Je ne connais pas cette enfant, mais c’est moi qui suis à ses côtés à un moment crucial de sa vie. Je ne connais pas cette enfant, un jour elle m’oubliera, mais moi, jamais je ne pourrai l’oublier.
ChaÏma ma belle, tu as envie de vivre. Courage, bats-toi. Cette opération est une renaissance pour toi et ta famille, une chance inouïe, accroche-toi.
Chaïma ma puce, tu es belle, tu as tout pour toi. Je suis fière de toi, fière de moi. Je suis fière de pouvoir apporter une petite aide à une enfant comme moi. Tu n’es pas tombée du ciel, mais j’ai cette impression qu’on était faites pour se rencontrer. Quelque part il était écrit qu’on se rencontrerait et que je t’aiderai à changer le cours de ta vie.
Voilà que moi, qui ne crois ni à la religion, ni au destin, je me mets à penser que nos vies sont écrites quelque part. Et si elles étaient réellement écrites. Si Chaïma était et devait être condamnée ? Non, comment puis-je penser cela. Mais si la guérir c’était la condamner une deuxième fois ? Je ne sais rien d’elle, de sa famille et de son pays. Peut-être qu’elle n’y est pas en sécurité. Peut-être qu’elle n’aura pas la vie heureuse que je lui souhaitais en acceptant de m’occuper d’elle. Peut-être qu’elle regrettera un jour qu’on lui ait sauvé la vie.
Alors qu’un vent de panique manque de m’assommer, une main se pose sur mon épaule et me fait sursauter.
Benjamin. Lui non plus je ne le connais pas. Du moins pas vraiment. On s’est vu deux ou trois fois. Le courant est plutôt bien passé entre nous, et j’ai senti à plusieurs reprises son regard sur moi. Un regard de gentillesse, de confiance et d’envie. Je ne le connais pas vraiment, mais je l’aime beaucoup.
-Qu’est-ce que tu fais là ?
-A l’accueil on m’a dit de suivre la ligne orange. Je l’ai suivie, tu étais au bout.
-Mais qu’est-ce que tu fais là ?
-Je suis venu parce que je me suis dit que tu en aurais peut-être besoin. Ta sœur m’a parlé de l’opération.
-C’est gentil d’être venu. Ca fait du bien de ne pas être seule. J’ai peur tu sais.
-Je sais. C’est pour ça que je suis là. Je ne comprends pas pourquoi tu n’as demandé à personne de t’accompagner.
-Je ne sais pas. Mais si mes amis ou ma famille avait vraiment eu envie de me soutenir, ils seraient venus quand même. En fait au fond de moi, j’attendais qu’ils viennent. Personne ne vient jamais. C’est comme ça. On ne peut compter que sur soi. Mais je ne leur en veux pas.
-Pourquoi tu fais ça ?
- Pourquoi je fais quoi ?
-Pourquoi tu es là, à l’hôpital, à attendre une petite fille qui n’est pas la tienne et que tu ne connaissais pas il y a encore quelques jours ?