Une blonde aux cheveux longs qui ondulaient jusqu'à la taille étaient tellement gracieuse qu'on aurait dit que chacuns de ses gestes se faisaient en musique. Et elle, comme la musique, avait une beauté envoûtante. A côté d'elle, une brune aux cheveux bouclés qui lui arrivaient dans le dos parlaient avec une beauté masculine et fatale, un air indifférent sur le visage.
Le garçon était une merveille pure. Ses cheveux châtains tombaient sur des yeux d'un bleu glacial, mais magnifique. Je regardai ces yeux un moment, et, comme s'il l'avait senti, tournait lentement la tête vers moi. Je me noyai dans ces yeux, bleus et limpides, mais néanmoins très durs. Ses prunelles me vrillaient, et j'eus peur de tomber raide morte si je ne détournais pas les miens.
Les deux beautés féminines se tournèrent elles aussi vers moi, et la brune me fusilla du regard. Elle avait des yeux noirs, mais d'un noir d'encre, très fort. La blonde avait aussi des yeux bleus, comme son ..."frère"? Je ne savais pas quels liens les unissaient, mais je sais qu'ils étaient tous les trois d'une beauté fracassante, qu'ils avaient tous le même regard transperçant, et qu'ils avaient tous le teint très pâle, sauf la brune, qui était mate de peau, mais d'une matité livide.
Ils se garèrent, et la cloche sonna. Je les observai tandis qu'ils descendaient de voiture.
Le brun sauta habilement par-dessus sa portière, et les deux filles sortirent de leur démarche dansante et gracieuse. Elles avaient des silhouettes de rêve, comme des sabliers, mais élancées, fines, et on avait l'impression qu'elle dansaient ou allaient s'envoler.
J'étais plongée dans mes spéculations sur ces étranges personnes quand Mr Arclise me sortit de ma rêverie.
- Je vois que vous êtes pressée d'assister à vos cours, miss! Ça tombe bien, vous pourrez venir me les répéter mots par mots dans mon bureau!
Ma première heure de colle. Au moins, j'avais une bonne raison de détester les nouveaux arrivants.
Une main brûlante s'abattit sur mon épaule. Je sursautai, hésitai à me retourner. Je n'eus pas le temps de réfléchir plus longtemps, car le ou la propriétaire de la main me fit pivoter. Je voulu hurler, mais n'y arrivais pas.
- Excuse-moi, dit une voix rauque et grave, mais féminine, je t’ai fait peur ?
Elle avait la peau noire et brûlante, et ses yeux maquillés me scrutaient avec étonnement, comme si l’idée qu’elle aurait pu me faire peur lui paraissait inconcevable. Comme je ne disais rien, elle ajouta d’une voix dure :