Présentation du livre

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feront office d’avocat dans ce terrible Procès. Des hommes plénipotentiaires en vue de leur défense pour la résurrection de cette terre.
De leur perchoir, ces humains admiraient sans gène le désert mondial qui s’étendait à perte de vue, curieusement vivant. Les dunes, plus ou moins arrondies, plus ou moins importantes, arrangeaient l’horizon en courbes et bosses. D’en haut, l’ignoble odeur était moins prépondérante et les guetteurs pouvaient percevoir les effluves épicés et rocailleux du paysage – si leur odorat n’avait pas encore été annihilé par la chaleur étouffante et l’air empoisonné.
Les humains se mirent à chanter pour espérer et patienter. Les voix s’entremêlèrent et s’envolèrent dans l’immensité qui les entourait. Complainte incongrument joyeuse quand on examinait leur situation calamiteuse.
Les hommes Bleus apparurent soudain sur le haut d’une dune, à contre jour, comme surgissant de la terre. Sereinement, ils approchèrent tout en évaluant le lieu du Procès. Le tronc de l’immense Arbre était noueux, tantôt brun, tantôt roux. Son incommensurable frondaison semblait palper le ciel, tout en s’étalant dans l’espace et atteindre des centaines de mètres de rayon. Ses branches tordues créaient des formes insolites, chargées de feuilles aussi longues qu’un humain adulte. Des sphères ambrées s’étaient développées, nichées dans le creux des bifurcations des branches. Ces fruits ressemblaient étrangement à des œufs de sève coagulée car, au cœur de ceux-ci, s’agitaient des formes sombres.
Les hommes Bleus continuèrent d’avancer, juchés sur leur chameau à la démarche nonchalante, fascinés par le miracle et l’exubérance que symbolisait l’Arbre-Monde, végétal mutant, clairvoyant, quasi-divin. Malgré cela, leur maintient était fier et assuré. Délestés de leurs craintes par l’attitude crâne de leurs défenseurs, les humains leur firent place, au milieu des racines géantes de l’Arbre.
C’était les derniers hommes. Les ultimes personnes autonomes, véritablement différentes des bêtes de part leur capacité à infléchir sur leur destin, leur futur. C’est d’eux que renaîtrait leur monde. Par l’association de la chair et du végétal. Si le jugement y était favorable…

***

Je prends conscience de mon moi. Je prends conscience de mon corps informe en stase dans cet œuf de sève. J’ouvre mes yeux. Je vis dans un environnement d’ambre. Je nage, je me meus dans un liquide dense qui emplit l’intérieur de ma coquille transparente. J’évolue au ralenti.
A peine éveillée et je me tourne vers l’extérieur. Je perçois pleinement le dehors que je scrute attentivement, avide de nouvelles données.
Ma tête tournée vers le bas, je contemple la masse grouillante de ces créatures humanoïdes. Les humains. Ils fourmillent sous moi. Ils ne semblent pas m’avoir remarquée…
Je les observe, ces petits êtres. Je les nargue de mon refuge élevé. Je les domine de toute la hauteur de Mère. Je m’apitoie sur leur sort. Je m’attendris sur eux.

***

Bientôt, tous les Bleus furent regroupés au centre d’un cercle vide, au centre de l’attention. Ils démontèrent de leur monture, les chameaux, compagnons de toujours de ces gens du désert. Des créatures aux longues jambes frêles, pourtant musculeuses et gracieuses.
Sur l’échine de leur compagnon bestial, ceux que l’on nommait autrefois « nomades », avaient élaboré un système ingénieux d’ombrelles de tissus foncés pour se protéger du soleil âpre. A la croupe des animaux,
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Nicolas SORANZO