pas le pilleur toujours sur ses talons. La pente devint abrupte, et le sol plus humide. Kruka n’était jamais venue ici, et l’atmosphère oppressante lui donna la chair de poule, pourtant elle n’avait pas le choix, elle devait continuer. Elle glissa et partit en avant, essayant vainement de se retenir, mais ses mains ne rencontraient que les piquants acérés des ronces. Elle roula, et sa tête cogna contre quelque chose de dur. Elle se releva tant bien que mal, sa tête lui tournant. Un filet de sang rendit sa vue floue. Elle tituba plus qu’elle courut. Sa chute lui avait permis de distancer l’homme, peut-être pourra-t-elle s’échapper. Mais elle était trop épuisée pour espérer, elle ne voyait presque plus, tout était indistinct, et elle avançait à tâtons, s’appuyant aux arbres environnants, essayant de garder l’équilibre et de ne pas perdre connaissance.
La faible parcelle de volonté qu’elle gardait au sein d’elle-même s’éteignit. Ronces et arbres biscornus firent place à un espace découvert. Au milieu de la clairière, s’élevait une statue, représentant ce qui lui semblait être un combattant, une épée à la main, figé dans un mouvement belliqueux. Hébétée, Kruka fixa l’étrange monument, la vue brouillée. Un cri de rage s’éleva derrière elle et l’arracha à la contemplation du guerrier.
Elle fit volte face au moment où la végétation s’écartait pour faire place au cavalier. Hors d’haleine, le cœur au bord des lèvres elle recula précipitamment tandis que l’homme descendait de
cheval, l’épée à la main.
Elle se retrouva le dos plaqué contre les jambes de la statue, elle aurait voulu fuir le brigand qui s’avançait vers elle. Mais ses jambes ne lui obéissaient plus. Luttant pour rester debout elle essuya le sang et les larmes qui coulaient sur sa joue, et prise d’un vertige s’appuya sur le socle de pierre de la sculpture. L’homme était maintenant en face d’elle, ses lèvres étirées en un rictus cruel et avide. Il empestait l’alcool et la sueur, et elle sentait son souffle nauséabond et légèrement précipité sur son visage. Elle fut prise d’une envie de vomir, et un picotement la parcourut, partant du bras qui s’appuyait sur le socle et se propageant dans tout son corps. En même temps ses forces l’abandonnèrent, elle chancela et tomba à genoux. A travers le brouillard de sa conscience elle entendit le pouilleux ricaner. Il se baissa et la saisi par l’avant de son corsage. La jeune fille aurait voulu se défendre mais son corps ne répondait plus. Ecoeurée, elle ferma les yeux, ses efforts pour bouger se révélaient infructueux. Elle était paralysée, inerte, comme une poupée désarticulée.
Elle était dans un état second quand le brigand la lâcha. Elle se retrouva à nouveau à genoux et rouvrit les paupières. Le pillard reculait lentement, fixant un point deux mètres au dessus de la tête de la jeune fille. Il avait les pupilles dilatées par la peur, et une expression d’horreur déformait ses traits. Il poussa un gémissement de bête traquée et voulu