Il manquait de m'étouffer, et il le savait pertinemment : c'était, en soi, une revanche prise sur la résistance que j'avais manifesté antérieurement. Ce qu'il avait omis toutefois, c'était que notre similarité se rejoignait encore sur ce point, comme sur tant d'autres. Réclamant vengeance, J'empoignai, gagné par l'excitation, sa nuque, y enfonçant mes ongles, lacérant sa peau d'un blanc laiteux. La douleur occasionnée sembla accentuer son ardeur. Le moment était parfait. Parfait, pour les deux cinglés que nous étions. Je commençai à explorer sa bouche sans retenue, comme il se plaisait à le faire depuis un moment déjà. Nos poumons irradiaient, quémandant l'oxygène que nous refusions de leur céder. Jamais deux amants ne s'étaient embrassés comme nous nous embrassions présentement.
Car jamais aucun autre être humain n'aurait pu survivre à cette suffocation délicieuse, à cette lente agonie emplie de sensualité. Les limites imposées par le corps n'étaient plus, complètement abolies par la réalisation de nos fantasmes, par notre témérité et notre espièglerie. Difficilement explicable était la sensation qui nous enflammait: nous étions submergés par le sentiment que nos deux esprit, imbriqués l'un dans l'autre par le biais de nos baisers- qui maintenant, si quelqu'un les auraient surpris, lui auraient semblé plus boucheries qu'étreintes amoureuses -ne formait plus qu'une seule et même entité. L'envie de l'autre nous inondait, affluant dans nos veines comme un venin défendu. Le sang ruisselait aux commissures de nos lèvres, par minces filets suite aux morsures dont tout deux étions victimes