Présentation du livre

Note : etoilesetoilesetoilesetoilesetoiles

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Il n’a que faire de mes remarques. Il empoigne sa guitare et joue. Merveilleusement, il faut bien le constater. J’adore le son de ces cordes animées sous ses doigts, elles vibrent agréablement à mes oreilles. Les accords s’enchaînent dans une harmonie bien différente des bruits du dehors. A force de partager la demeure d’un musicien, j’ai acquis, sans me vanter, une sensibilité musicale qui épate mes compagnons de jeux des jardins avoisinants. Je leur parle notes, arpèges, interludes, croches, demi-croches, silence, blanches, noires et ils me regardent admiratifs de mon savoir sur un domaine humain peu courant.
Lorsque la mélodie me convient, je dodeline de la tête et Lui croit dur comme fer et jusqu’à présent, il ne s’est jamais trompé, que ce morceau-là sera un véritable succès. Pour qui, je ne l’ai pas encore bien compris.
Il s’installe pour quelques heures encore et noircit des cahiers d’écolier afin, dit-il d’écrire les paroles qui feront corps avec la musique. Je le rappelle à la réalité en miaulant ma faim et mon envie d’aller me soulager dans la verdure.

- « J’allais t’oublier Le Chat, tu dois avoir un peu creux… Viens, suis-moi, je vais t’offrir les restes du rôti d’hier, un vrai festin, mon vieux !
- Il était temps. »

Et je le colle jusqu’à la cuisine, veillant à ce que mon écuelle soit bien remplie. Je suis un mâle à bon appétit.

Parfois d’autres humains viennent le visiter. Et ce n’est que brouhaha, rires sonores, pas claqués sur le carrelage qui perturbent ma quiétude. Je cours me cacher sous la couche de mon maître pour ne réapparaître qu’une fois le silence revenu. L’abri protecteur du lit est un vrai refuge contre les envahisseurs. Les femelles, elles, tentent de poser leurs mains sur mon pelage et s’extasient sur ma coquetterie visuelle. Je les évite en me faufilant et surtout ne réponds pas aux appels de mon maître.
Je ne sais pas pourquoi les humains s’appellent maîtres, que maîtrisent-ils en fait, certainement pas leur vie, ni la nature, ni les nuages et moins encore les océans.

Lui, je le considère plutôt comme un compagnon. Nous nous tenons compagnie mutuellement. Il est calme, ne me dérange que rarement, vaque à ses occupations sans troubler pas mon bien-être. En général, il reste silencieux et gratte ses feuilles de papier. Cette ambiance sereine nous met en accord tous les deux. Certes c’est Lui qui ouvre la porte du réfrigérateur, connaît le secret des boîtes de conserve, mais si je devais subvenir à mes besoins, j’en serais tout à fait capable. D’ailleurs, il m’arrive parfois d’estourbir une souris de passage ou un oiseau pas suffisamment méfiant de mes griffes. Je louche, oui mais j’ai un flair d’une finesse hors norme.

Quand le temps le permet et que mon envie est forte, Lui et moi nous baladons dans le jardin encerclant la demeure. Il en prend grand soin, plante des fleurs odorantes en bosquets chatoyants. Il oublie quelquefois d’arracher certaines herbes et je m’en charge en grattant fortement la terre.
Je me suis fait surprendre un jour et il m’a houspillé. Pourtant elle était vraiment moche cette plante.

Le soir, j’ai le choix, je peux si je le souhaite sortir de la maison et dormir sous les étoiles. Par contre si les nuages ont décidé de se vider et le ciel de se déchirer, j’ai un panier confortable qui m’attend. Le coussin est moelleux à souhait et parfumé au savon de Marseille. Là aussi, je ne sais pas pourquoi mais l’odeur de la lessive me met en joie. Quand Lui fait suspendre son linge à l’extérieur, je le suis à la trace pour me repaître des effluves laissés par les draps, les serviettes de bain, les torchons de cuisine.

Je ne me souviens plus depuis combien de temps je vis ici avec Lui. Mais je me suis aperçu d’un changement progressif, ses poils ou plutôt ce que les humains nomment cheveux, blanchissent, ses mains se tordent pour attraper un crayon et il porte devant les yeux des verres cerclés de ferraille. Il me dit qu’il vieillit comme moi. Je ne comprends pas ce que vieillir peut signifier.

Un jour Lui est parti en me laissant seul dans la maison. En fait il ne s’est pas levé de son lit. J’ai miaulé, appelé, mais n’ai obtenu aucune réponse. J’avais faim. J’ai gravi les escaliers, doucement, et suis rentré dans la pièce où se trouve sa couche, j’ai encore miaulé, plus fort. Il ne bougeait pas.

C’est bizarre que ces souvenirs refassent surface. Les murs qui m’entourent sont ceux d’un appartement. Je crois que je vis là avec d’autres humains, un homme, une femme et deux enfants. Ils s’occupent de moi et m’ont donné un nom que je n’aime pas mais j’y réponds. Quelque part dans ma mémoire se sont fixées des images, des sons et des odeurs d’un ailleurs. Ce que disent les humains à propos de nous les félins domestiques doit être vrai. J’ai du entamer une nouvelle vie et il m’en reste 5 à vivre encore…
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Nicolas SORANZO