L'Etat primitif va alors rapidement évoluer. Souhaitant, pour sa propre puissance, que son oeuvre se transmette après lui, ou que tout simplement pour qu'il puisse continuer de gouverner, un chef va tôt ou tard édicter des lois, pour définir le rôle de chacun puis les relations entretenues entre toutes les parties de l'institution et du peuple. L'Etat va alors se stabiliser et obtiendra des relais locaux, soit directement auprès de la population soit auprès de seigneurs car la loi, d'abord directement imposée par la force du chef, va limiter strictement les rôles de tous et chaque partie aura un pouvoir contraignant sur l'autre permettant à l'Etat de se sécuriser. On passe dès lors à un modèle d'Etat aristocratique. Cette institution base sa sauvegarde sur la stricte séparation entre le peuple et l'élite aristocratique et/ou religieuse. Les liens entre les deux parties sont réduits au minimum et pour s'assurer l'adhésion de la masse, on lui apporte la sécurité qu'elle souhaite la faisant dès lors passer à un état de dépendance vis-à-vis du pouvoir.
Plus un individu est faible, plus il a tendance à se trouver des associés se trouvant dans la même situation que lui-même, pour leur propre intérêts communs de puissance. Ainsi l'aristocratie vis dans des micro-sociétés de maîtres, étant donné que chacun pris individuellement est généralement assez fort pour se défendre seul. Cet état de fait tend néanmoins à s'estomper avec la noblesse acquise par le sang, et non plus par l'épée. Quand on ne peut être puissant par soi-même, on esseye alors de séduire plus fort que soi, acquérant ainsi une partie de cette force. Mais quand un dirigeant perd de sa force, le peuple, qui ne puise pas sa force dans chacun de ses individus mais dans sa capacité de solidarité, ne se sent plus dans l'intime conviction de devoir séduire ce chef en lui obéissant aveuglement: il n'a à vrai dire plus de chef.
Livrés à eux-même, les gens suivront dès lors les petits chefs montant en leur sein, et plus faible sera le dirigeant, plus forts ils seront.
S'ensuit alors une longue période dite féodale dirigée par l'aristocratie. Avec le développement des moyens commerciaux va peu à peu naître une bourgeoisie, expression cette fois du pouvoir par l'argent, autrement dit de la puissance indirecte -la directe étant celle de l'épée, de la noblesse-. Elle va s'associer pour tenter de prendre le pouvoir possédant très tôt cette fameuse conscience de classe. Ses capacités financières lui donnant un avantage non négligeable sur la simple masse populaire qui doit par ailleurs déjà lutter pour ses conditions d'existence avant d'engager un combat pour la souveraineté. La bourgeoisie va alors tendre vers la prise du pouvoir partout où la noblesse perdra en vigueur et tombera en décadence, n'ayant plus alors les capacités de garder leur position sociale. Pour s'emparer du pouvoir la bourgeoisie a en sa dispositions 3 solutions:
-lever une armée de mercenaires, ou s'emparer du pouvoir par des complots internes. C'est la solution directe qui nécessite un courage lui faisant souvent défaut;
-se faire porter au pouvoir par la bourgeoisie d'autres pays s'étant déjà préalablement emparé de celui-ci dans leurs propres régions;
-mener la révolution avec le soutient du peuple.
La dernière solution sera la plus usitée, la deuxième nécessitant déjà l'accomplissement de la troisième. Mais le peuple ne va pas se battre pour changer de maître, il espère devenir le maître, la bourgeoisie va alors installer la démocratie. La masse pourra y choisir ses représentants mais uniquement parmi ceux qui lui seront proposés. Elle peut aussi en présenter des siens propres, mais sans les moyens financiers pour se faire connaître, aux mains de la bourgeoisie, ces tentatives seront pour la plupart vouées à l'échec.