me caresse. J'ai envie de son corps contre le mien, dans le mien.
__ J'ai envie d'aller au ciné, dit-il, du coup j'atterris, ça te dit?
Bah, oui... A défaut d'autre chose. C'est parti! Direction l'Agora d'Evry. Au ciné on a le choix entre les Chtis et Taken, j'aime bien rigoler mais lui préfère l'action. Je le laisse choisir. Bof... J'aurais mieux fait de me faire entendre. Moi qui pensait que nous allions passer une bonne heure à nous câliner dans le noir, je reste sur ma faim. Surtout que le film... Je trouve ça tarte, tellement improbable cette histoire. En plus le type, le « héros », il en a rien à faire des filles prisonnières des proxénètes, y a que sa fille qui compte. Je crois que c'est ce qui me choque le plus dans ce film. Sébastien, lui, se régale. De temps en temps je le regarde du coin de l'œil, il est à fond dedans. Par moment j'ai l'impression qu'il va défourailler et tirer dans le tas à son tour. Qu'est-ce que je m'ennuie. Si j'avais su. Mais, grâce à dieu, toutes les choses ont une fin, ouf, même les mauvaises.
En sortant de la salle, nous décidons d'aller traîner dans la galerie marchande. Nous déambulons, main dans la main, nous étonnant de tout et de rien. Y a de chouettes petites boutiques de fringues mais inévitablement c'est au milieu des jeux vidéos que je me retrouve pendant que lui fouine et s'extasie: « Houa! Le dernier ''Ward Crach Shoot Big Chose'' ». Je ne sais pas s'il veut me faire partager sa passion, mais là, ça va être difficile.
Après avoir fait le tour des allées, Sébastien propose que nous nous arrêtions pour boire quelque chose et grignoter. Café et viennoiseries, ce n'est pas l'excellence en matière de collation, mais je m'en satisfais. A bien y regarder, Sébastien fait un peu gamin mais je le trouve tellement mignon. Un moment il me fixe droit dans les yeux, silencieux, comme il l'a fait dans le bus l'autre jour. C'est sa signature, sa façon à lui de capter l'attention. Mince, j'espère que ce n'est pas un scientologue.
__ Je crois que je suis amoureux de toi, me dit-il enfin.
__ Tu crois?...
__ Non, j'en suis certain, et il rit.
Il me prend la main puis il m'embrasse les doigts, comme dans les films. Je ne sais plus que penser. Est-il sincèrement romantique où se fiche-t-il tout simplement de moi? Mon cœur vote pour la première hypothèse. C'est trop bon ce que se passe entre nous à ce moment.
Tout à coup dans l'allée commerçante, je vois Jamel. C'est fou! Sur le coup, je ne suis pas très certaine que ce soit lui, puis son regard croise le mien. J'esquisse un sourire, après tout, nous nous étions quittés bon amis, mais au lieu de me le rendre, il tourne la tête avec une moue de dégout presque. C'est à peine croyable ce qu'il est devenu. Déjà à l 'époque où nous étions ensemble, ça doit remonter à trois, quatre ans, c'est après le départ de Erwan que je l'avais attrapé dans mes filets mais nous nous connaissions avant, il était assez croyant. Enfin, il respectait plus ou moins les principes de l'islam, plus par conventions que par réelles convictions j'en étais certaine. Mais aujourd'hui, c'est un véritable intégriste que je découvre. Il en a tout les atours; la longue djellaba immaculée, l'espèce de bonnet blanc en fils crochetés, le crane rasé et la barbe florissante. Bon, je n'en ai qu'une vision fugitive car il s'éloigne rapidement avec d'autres identiques à lui et qui l'accompagnent, mais j'ai eu le temps de le reconnaître. Je suis toute retournée et attristée, c'est comme si je venais d'apprendre le décès de quelqu'un. Bizarre, lui qui ne ratait jamais une occasion pour blaguer et qui pratiquait la dérision comme un art.
Sébastien qui s'est aperçu de mon trouble me questionne:
__ Qu'est-ce qui t'arrive? Tu le connais?
Je lui explique.
__ Mmm, fait-il, t'as raison, c'est quand même étrange qu'on puisse changer à ce point.
Un peu plus tard, Sébastien se lève et se dirige vers le comptoir.
__ Tu veux autre chose? M'a-t-il demandé et comme il me restait encore