Présentation du livre

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pendaient les bagages des hommes : gourdes, sabres longs, aliments séchés, produits soignant, instruments et vêtements.
Aussitôt à terre, chacun choya sa monture en lui lustrant son pelage cuivré recouvert de poussière et de transpiration, exposant aux humains fascinés un ballet accordé et précis. Leurs précieuses bêtes passaient avant tout.
Lorsque chaque monture fut soignée, nettoyée et nourrie, leurs maîtres les attachèrent aux excroissances sortant des racines gigantesques qui les enclavaient comme de hauts murs de bois.
La foule d’humains avait formé un cercle vide où évoluaient en toute liberté et indifférence les hommes Bleus. Ceux-ci étaient au nombre de dix-sept. Un nombre dérisoire face à la masse grouillante de leurs congénères.
Les humains étaient affublés de chiffons adroitement liés pour se protéger un tant soit peu du soleil ardent. Les hommes Bleus étaient vêtus, eux, de longues et amples tuniques qui leur tomber aux chevilles, bleu nuit. Elles fermaient grâce à de fine ceinture tressée en cuir de chameau. Les manches, toutes aussi larges, leur couvraient entièrement les bras et absorbaient leur transpiration tout en les protégeant de la crasse et de la lumière acide. Leurs pieds étaient chaussés de sandales de cuir traité et renforcé pour ne pas se brûler sur le sable chaud.
On ne distinguait de leur personne que leur visage basané, tanné par le soleil. Ils arboraient fièrement leur turban de toile marine dont un pan pouvait couvrir leur figure, ne laissant apparaître que leur regard féroce pour les empêcher d’inhaler les poussières du désert.

***

Je regarde de plus près ces dix-sept créatures qui se distinguent de leurs semblables. Ils sont plus fiers, plus beaux que leurs congénères. Dix-sept hommes. Il n’y a point de femme. Je me sens étrangement rassurée.
Ils se ressemblent beaucoup ces hommes, avec leur peau ambrée, leur regard d’ébène, leur… arrogance.
Ma prise de conscience se poursuit. Je distingue pour la première fois du « bruit ».
Voir.
Entendre.
Souffrir.
Mes tympans se révèlent trop faibles, trop tendres pour les murmures puis les cris, les hurlements que je reçois et qui résonnent en moi, qui me font vibrer de douleur.
Qu’on ces créatures à s’exciter ? Si seulement j’étais aussi robuste qu’elles…
Je replonge au cœur de mon œuf pour fuir tous ces sons qui me parviennent désormais assourdis. La douleur sonore s’apaise. Je ne saisis plus que des bourdonnements.

Bang ! Bang ! Bang !

Mère actionne une seconde fois le Tambour. Ses battements de cœur arrivent à pénétrer mon cocon. L’humanité se tait. Comme c’est agréable ! De nouveau ce calme qui a bercé toute mon existence à l’état de fœtus accompli.
J’arrête de souffrir, je ne regarde plus les êtres qui fourmillent des centaines de mètres sous moi, je n’entends plus leurs cris déchaînés. Je ne ressens plus rien sinon la merveilleuse sensation d’être consciente, d’être éveillée.
Je nage, je me meus dans le liquide nutritif doré qui m’entoure. J’évolue au ralenti.
Après avoir découvert mon corps, mon enveloppe charnelle, je prends conscience d’autres présences tout près de moi : mes sœurs.
Chacune d’elle s’éveille. Après moi. Mes petites sœurs…
Elles m’entourent en un cercle parfait. Je perçois leurs chaudes présences. Du cœur de nos refuges, nous nous transmettons notre amour. Nous sommes en absolue communion.
Conscience de soi.
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Nicolas SORANZO