MADAME DUMORTIER
Madame Dumortier _ passe à la télé,
Elle vient nous parler et nous éclairer
Sur tous ces mystères _ dont elle à la clef,
Les coupures des mains et les pieds cassés.
Sa spécialité, _ c’est les ouvriers
Mais les cadres aussi et les employés.
Les gens qui travaillent, _ les gens fatigués,
Les gens suicidaires et les déprimés.
C’est dans « C'est-à-dire » _ qu’on peut l’observer
Mais moi je m’endors je suis trop crevé.
Je m’étais promis _ de la regarder,
Je n’ peux pas tenir, je pique du nez.
Pourtant les sujets _ qui sont abordés
Me concerneraient à divers degrés,
Je suis ouvrier, _ complètement rincé,
Et représentant CHSCT.
Accident d’ travail _ harcèlement sexuel,
Maladies variées et professionnelles ;
Sur mon canapé _ je dois m’ réveiller,
Madame Dumortier passe sur Arté!...
"Mince, je l'ai ratée"...
R.D
VOYAGE
Dans la fraîcheur du petit matin,
Avec pour limite la laisse qui se déroule,
Tout autour, le chien va et vient,
Nonchalamment,
Reniflant tout ce qui est à sa portée,
Levant la patte pour se signaler.
L’air est diaphane
Et au-delà de quelques centaines de mètres,
C’est un mur gris de coton qui s’élève.
Sur le sable déserté, saturé d’humidité,
Devant le squelette d’une tour à carrelet,
Planté au pieds de quelques noirs rochers,
Rehaussé d’une cambuse et paré de son filet,
Les silhouettes d’une femme,
Et de son animal en liberté,
Celle d’un coureur à pieds,
Passent pendant que le chant des vagues,
Dans l’odeur des algues que la mer abandonne,
Semble murmurer une triste mélopée.
Tout près, sur le sable miroir à peine découvert,
Des goélands par dizaines, des mouettes,
Se taisent, inactifs, comme ensommeillés.
A quelques distances du rivage,
Des vagues en rouleaux viennent se briser
Sur des bancs de sable émergeants,
Faisant naître des éclats d’écume blancs.
Plus loin, sur la mer, aux confins du perceptible,
Des ombres de bateaux, comme des fantômes,
Voguent avec indolence, silencieuses et fragiles.
Au delà du mur laiteux du brouillard,
Semblant ne provenir de nulle part,
Une corne de brume mugit,
Perçant le silence et la bruine de son lugubre cri.
De l’autre côté des eaux de l’estuaire,
Invisible, s’éveille sans doute Saint-Nazaire.
Côté terre, comme des verrues plantées dans la dune,
Des blocs de béton à l’équilibre incertain tanguent,
Comme ivre du temps qu’ils ont vu passer.
Vestiges grisonnant d’une terrible guerre déjà oubliée.
Plus loin, derrière, se dressent, fiers,
Les grands pins et les riches chênes verts.
Sur le chemin du retour, des gens que l’on croise,
Que l’on ne connaît pas, qui nous sourient,
A qui, poli, on sourit en retour
Avec qui on échange un bonjour,
Nous réapprennent l’urbanité.
Le temps passe, demain,
Il faudra reprendre le train, s’en aller
A la vitesse d’un TGV lancé,
Et laisser derrière soi son pays
Et ses si lointaines, si belles et innocentes années.
R.D