Présentation du livre

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Défiant son reflet, il fit coulée l'eau du robinet, et lorsque le lavabo fut plein, se lava rapidement avec un gant. Il n'avait ni l'envie, ni le temps de prendre une douche, préférant sentir les goutes glacés se répandre doucement sur sa peau, et se glisser dans son pantalon qu'il n'avait pas ôté.
Frissonnant sous le contact glacé, il ferma les yeux, et laissa l'habitude prendre le contrôle de ses membres, tandis qu'il sombrait doucement dans un demi-sommeil. L'eau sombre de son rêve lui revint à l'esprit, et il ouvrit brusquement les yeux. Jetant son gant savonné, il se rinça rapidement et se rhabilla.
Passant dans sa chambre pour ramasser son sac, il descendit ensuite les escaliers, et le déposa dans l'entré avant de se rendre dans la cuisine. Il s'assit à une chaise, et commença à boire son bol de café qui l'attendait patiemment. Evitant de penser, il déjeuna rapidement, et lorsqu'il n'eut plus faim, quitta la salle.
Sa mère apparut alors face à lui. Elle semblait anxieuse, et tandis qu'il s'approcha pour lui dire bonjour, elle lui prit le visage et l'étudia en profondeur.
Agacé, il repoussa ses mains et l'embrassa. Sans un mot, il rejoignit le placard à chaussure, sortit une paire de basket et s'en chaussa tout cela s'en lever un seul regard sur elle.
- N'oublie pas de montrer ton mot d'excuse aux professeurs. Dit-elle d'une voix quelque peu hésitante.
- Oui. Répondit-il sans aucune émotion en passant son manteau abandonné sur un porte manteau.
- Tu veux que je vienne avec toi cet après midi ? Je sais à quel point tu tenais à lui.
- Non c'es bon.
- Tu es sûr ?
- Oui.
- Je vais en ville aujourd'hui, est-ce que tu as besoin de quelque chose ?
- Non merci. J'ai tout ce qu'il me faut.
Il passa son sac dans son dos, attrapa ses clés et les fourra dans ses poches. Ouvrant la porte de la maison, il salua sa mère, et s'enfuit à l'extérieur.
Sous le soleil d'un mois de mars, sous un ciel bleu sans trace de nuage, il prit le même chemin que tous les matins d'un quotidien lassant. S'éveillant à sa condition d'esclave d'une habitude à laquelle il ne pouvait rien, il sentait en lui naitre un besoin de rébellion. Ne comprenant plus la raison qui le poussait à suivre le même chemin inlassablement, il rêvait de briser les chaines invisibles qui le liaient à un avenir sans goût et sans couleur. En quoi tout cela avait-il un sens ? En quoi suivre les enseignements d'hommes et de femmes prisonniers de leurs conditions pouvait-il apporter un sens à une vie trop courte ? L'essentiel ne s'apprenait pas dans une salle de classe, mais bien au delà de ces murs que l'on construisait autour d'eux.
Attendant à l'arrêt, le bus qui le conduirait dans sa prison, il luttait contre l'envie qui le brûlait de s'éloigner, d'abandonner cette vie qui l'étouffait.
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Nicolas SORANZO