Mais son corps ne se mit jamais en mouvement pour le sauver d'une vie en noir et blanc.
Le bus arriva, et entrainer par l'habitude et le regret, il monta à l'intérieur et se rendit librement dans sa cellule.
Installé à son bureau, il se rendit compte que tout était allé très vite, et qu'il n'avait rien fait pour l'empêcher. Retenu par des sentiments de culpabilité, il avait suivi le même parcours que depuis des mois, et s'était retrouvé à la place à laquelle on voulait qu'il soit.
Les gens autour de lui semblaient exister dans un autre monde où les choses étaient beaucoup trop lentes. Bougeant avec une lanteur considérable, ils éveillaient en lui une sorte de rage frénétique. Pourquoi ? Pourquoi cela devait-il être ainsi ?
Le regardant par des coups brefs, aucuns semblaient vouloir assumer leur curiosité. Tous savaient, mais personne ne se leva pour venir le voir. Isolé dans sa douleur, le jeune était seul.
Rongé par la mort et la souffrance, il avait envi de se lever et de tout renverser autour de lui, de briser leur précieux petit univers pour leur montrer à quel point tout cela était ridicule. On les retenait ici, alors que leur jour était compté, et que le monde était dehors. On les privait de leur jeunesse, de leur vie. Cet univers fragile qui les conditionnait comme de parfaites marionnettes le mettait hors de lui. Ils lui avaient menti. Ils n'y avaient rien à comprendre, rien à apprendre ici. La réalité ne pouvait être cette illusion de bonheur.
Sa détresse s'amplifia et tandis que le premier cours de la journée se déroulait sous ses yeux, il ne le vit pas. Il était prisonnier du temps, et de ses pensées tortueuses qui lui ordonnaient de se lever et de partir. Les yeux braqués vers le ciel, au regard du monde il était inexpressif, simplement égaré, ailleurs. Mais aussi fort que fut son besoin de s'évader, il ne se leva pas, retenu par un quelconque bon sens, ou une envie de responsabilité dissimulée sous les vents d'une folie. La cloche du lycée l'éveilla de son rêve éveillé, et il se leva pour aller parler au professeur.
- Je ne serais pas là cet après midi. Dit-il sombrement au vieil homme.
- Ah oui, c'est vous dont on m'a parlé. S'exclama l'homme avec douceur. Ne vous faites pas de soucis, je ferais en sorte qu'on vous prenne vos cours.
- Merci.
- Veuillez accepter mes condoléances. Ce n'est pas facile.
- Merci.
Et sans attendre que l'homme en rajoute, le jeune homme retourna à sa place, se sentant encore plus mal devant la compassion d'un homme qu'il détestait pour son aveuglement. Comment pouvait-t-on comprendre sa souffrance alors qu'on restait prisonnier des mêmes chaines ? Frustré, le jeune se laissa envelopper dans la noirceur de sa tristesse. Alors qu'il s'asseyait de nouveau à son bureau, l'orage qui naissait en lui, se mit à gonfler avec dangerosité.